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Histoire
de Samuel de Champlain
Samuel
de Champlain, Saintongeais né vers 1580 [1], « fils de feu
Anthoine de [2] Champlain, [de son] vivant capitaine de la Marine, et de
dame Marguerite Le Roy » et mort le 25 décembre 1635 à
Québec, était un navigateur, soldat, explorateur, ethnologue,
diplomate, géographe, cartographe, dessinateur, écrivain
et fondateur de la ville de Québec, le 3 juillet 1608, dont il fut
aussi l'administrateur local jusqu'à son décès.
Si
Champlain devint gouverneur de la Nouvelle-France, ce ne fut toujours que
d'office, jamais en titre : il en accomplissait les fonctions, en tant
que « lieutenant » (représentant) d'un noble désigné
comme vice-roi pour la Nouvelle-France mais resté en France, tel
Pierre Dugua de Mons.
L'acharnement
du roturier Champlain à réussir l'implantation d'une colonie
française en Amérique lui vaut le titre de « Père
de la Nouvelle-France ». Et de 1608 à son décès,
sur 28 ans, il traversa dix-neuf fois l'Atlantique pour accomplir ce dessein.
Bien sûr, il eut l'aide indéfectible de deux généreux
amis, qui peuvent être considérés avec lui, chacun
« co-fondateur de Port-Royal en Acadie (en 1605) et de Québec
en Nouvelle-France (en 1608) » : Pierre Dugua de Mons et François
Gravé-Dupont. [3]
Hormis
son lieu d'origine déclaré (de naissance ou d'habitat durant
son jeune âge), Brouage en Saintonge (Charente-Maritime), nous n'en
savons guère plus sur la jeunesse de Champlain. Nous devons cependant
admettre qu'il a reçu une bonne formation de navigateur et de cartographe,
et qu'il a lu avec grand intérêt les récits de Jacques
Cartier et autres explorateurs.
Tout
ceci nous est peu à peu révélé dans les livres
qu'il a lui-même écrits et fait publier à Paris (en
1603, 1613, 1619 et 1632), à l'intention des lettrés susceptibles
de favoriser la réussite de son projet, dans le sillage de Jacques
Cartier : que des fils et filles du royaume de France fassent bientôt
souche permanente en Amérique, comme l'ont fait ou le feront bientôt
ceux des royaumes rivaux (Espagnols, Portugais, Anglais, Hollandais, ...).
Son
premier emploi : dans l'armée du roi, en Bretagne [modifier]
Dès
le début du Brief discours des choses plus remarquables que Samuel
Champlain de Brouage a reconnues aux Indes Occidentales [...] [4], qui
lui serait attribuable, il écrit qu'il a été employé
en l'armée du Roi qui était en Bretagne sous messieurs le
Maréchal d'Aumont, de St Luc, & Maréchal de Brissac,
en qualité de Maréchal des logis [5] de la dite armée
durant quelques années, & jusques à ce que Sa Majesté
eût en l'année 1598 réduit en son obéissance
ledit pays de Bretagne et licencié son armée [...].
Du
très bon accomplissement de cet emploi, débute à la
cour la bonne réputation du jeune Champlain : il a ainsi commencé
à faire valoir ses grandes habiletés et son grand zèle
à servir les nobles (ces « cousins-germains du roi »),
les commandants, qui se succédèrent au-dessus de lui. Et
Champlain touchera du bon roi Henri, pour trois années de bons services
dans son armée de Bretagne, une petite rente viagère !
États
de service de Samuel Champlain, dans l'armée du roi à Blavet,
en Bretagne
(pour
y chasser l'Espagnol)
Années
son âge présumé son titre ses commandants successifs
1595
15 ans maréchal des logis Jean d'Aumont, né en 1522 et créé
« maréchal »
en
1579 par le roi Henri; mort des suites d'une mousquetade le 19 août
1595.
1596-1597
16-17 ans idem François I d'Espinay de Saint-Luc, né en
1554, Baron de Crèvecoeur,
d'Arvert
et de Gaillefontaine, gouverneur de Brouage, beau-frère du maréchal
d'Aumont,
à
qui il succède en Bretagne, nommé en 1596 « grand-maître
de l'artillerie de France »;
fut
tué d'un boulet de canon le 8 septembre 1597.
1597-1598
17-18 ans idem Charles de Cossé-Brissac (1562-1621), second du
nom,
« maréchal
de France », auquel Louis XIII donna le titre de « duc de Brissac »
en 1612
(premier
de ce titre) et qu'il déclarera pair de France en 1620.
Ses
premières explorations
Dans
le Golfe du Mexique (1599-1601)
En
1599, après ces quelques années dans les troupes, il eut
l'occasion,
grâce
à son oncle Guillaume Allène, dit « capitaine provençal »,
de
s'embarquer pour l'Espagne et ensuite d'être chargé de mener
un navire de l'oncle aux
Indes
Occidentales (aux Antilles et dans le Golfe du Mexique).
Ce
voyage d'une durée de deux ans est relaté dans « Brief
discours des choses plus remarquables
que
Samuel Champlain de Brouage a reconneues aux Indes Occidentales ».
Informé
et conseillé par des Espagnols, Champlain se rendit en exploration
jusqu'à
Mexico et ce qui est aujourd'hui le Panamá, reconnaissant lui-même
l'étroitesse de
l'isthme
et la pertinence d'y construire un jour un canal !
Sur
les bords du fleuve Saint-Laurent (1603)
Son
premier voyage vers l'Amérique du Nord commença en 1603 au
sein d'une expédition
de
traite des fourrures au Canada, pilotée par François Gravé
(dit sieur du Pont
ou
Pont-Gravé, Gravé-Dupont, le Pont). Il partit le 15 mars
1603 de Honfleur (Calvados),
à
bord de La Bonne Renommée. Deux autres navires les accompagnèrent,
dont La Françoise.
Désireux
de se faire valoir auprès du roi qui lui versait déjà
une petite rente
(et
de briller sur les traces de Jacques Cartier), Champlain avait reçu
d'Henri IV
l'assentiment
qu'il avait sollicité, sous offre et promesse de lui faire rapport
de ses
« découvertures »
(découvertes, résultats d'explorations).
Il
explora donc une partie du pays, en compagnie de François Gravé-Dupont
qui, chaque été depuis
au
moins 3 ou 4 ans, avait l'habitude de remonter le fleuve en barque, jusqu'aux
Trois-Rivières.
Champlain
n'eût pas d'autre assignation officielle pour ce voyage et il put
esquisser,
avec
une grande précision, une carte de « la Grande Rivière
de Canadas », de son embouchure
jusqu'au
Grand Sault infranchissable que Jacques Cartier avait atteint en 1535.
À
son retour en France le 20 septembre, Champlain fit rapport au roi puis
fit publier un
compte-rendu
de ses voyages intitulé « Des sauvages... »
(relation
de son séjour dans un campement estival de Montagnais à Tadoussac,
en plus du récit de ses explorations, de dessins et de cartes).
En
Acadie et jusqu'au-delà du futur Boston (1604-1607)
À
nouveau chargé par Henri IV de lui faire rapport de ses découvertes,
Champlain
participa à une autre expédition en Nouvelle-France au printemps
1604,
menée
celle-là par Pierre Dugua de Mons et toujours pilotée par
François Gravé-Dupont.
Appareillant
du Havre-de-Grâce, l'expédition compte deux navires, la Bonne
Renommée et le Don de Dieu. Champlain aida à la fondation
de l'habitation de l'Île Sainte-Croix,
le
premier établissement français du Nouveau Monde, qui fut
abandonné l'hiver suivant.
Ensuite,
l'expédition établit la colonie à Port-Royal, avec
la recommandation et l'aide de Champlain,
qui
s'adonna ensuite au jardinage avec un nouveau venu qui lui deviendra un
grand ami :
l'apothicaire
parisien Louis Hébert.
Champlain
vécut à Port-Royal en Acadie, durant les années suivantes.
Il explora et cartographia
le
littoral de l'Atlantique, de l'Île du Cap-Breton jusqu'au sud du
Cap Blanc (Cap Cod,
dans
le Massachusetts). Puis il y fonda l'Ordre du Bon-Temps pour y passer l'hiver
« fort joyeusement »,
entre
hommes car il n'y avait ni femme ni enfant dans cette longue expédition.
Au
mois de mai 1607, Port-Royal fut abandonné quand les privilèges
de commerce
de
Pierre Dugua de Mons furent révoqués et toute l'expédition
retourna en France.
À
Québec (1608-1609)
L'arrivée
de Samuel de Champlain à Québec selon George Agnew Reid,
1909.
Champlain
ne resta pas très longtemps en France. Le 18 avril 1608,
il
repartit pour la Nouvelle-France à bord du Don de Dieu, comme lieutenant
de ce même
Pierre
Dugua de Mons (qui ne revint plus en Amérique), avec mission d'y
établir une colonie
permanente
en un lieu favorable le long de la Grande Rivière de Canada.
Le
3 juillet, Champlain accosta à Tadoussac et, avec ses ouvriers,
gagna en barque
la
« pointe de Québec » où il fit ériger
trois bâtiments principaux, d'une hauteur de deux étages,
entourés
d'un fossé de 4,6 mètres de large et d'une palissade de pieux.
Cet
emplacement allait devenir la ville de Québec.
Le
premier hiver fut difficile pour ces hivernants, tous des ouvriers.
Des
25 hommes qui étaient restés, seulement huit ont survécu,
la plupart étant décédés du scorbut.
L'été
revenu, Champlain prit soin d'établir d'excellentes relations avec
les Amérindiens des environs.
Comme
à Tadoussac, six ans auparavant, il renoua des alliances avec les
Montagnais et
les
Algonquins (qui vivaient au nord du Fleuve Saint-Laurent), en acquiesçant
à leur demande
persistante
de les aider (de leurs armes à feu dans la guerre contre leurs
ennemis Iroquois
(qui
vivaient au sud du fleuve).
Au
Lac Champlain (1609)
Champlain
partit avec neuf soldats français et 300 Amérindiens pour
explorer
la
Rivière des Iroquois (aujourd'hui le Richelieu) et découvrit
le lac auquel il donne aussitôt
son
propre nom (le lac Champlain dans l'actuel Vermont. N'ayant fait, jusque
là, aucune rencontre
avec
les Iroquois, plusieurs des hommes rebroussèrent chemin, laissant
Champlain avec seulement
deux
Français et 60 Amérindiens.
Au
19 juillet, à l'emplacement du futur Fort Carillon (aujourd'hui
Crown Point, New York),
Champlain
et son équipe rencontrèrent enfin un groupe d'Iroquois. La
bataille commencera le lendemain.
Deux
cents Iroquois avancent sur la position de Champlain tandis qu'un guide
indigène
pointe
les trois chefs iroquois. Champlain tire un coup d'arquebuse et tue d'un
seul coup
deux
d'entre eux.
Les
Iroquois font aussitôt demi-tour, déguerpissant.
Cela
allait donner le ton aux relations franco-iroquoises pour près d'un
siècle.
Allers-retours
France-Québec (1609, puis 1610)
Victorieux,
Champlain retourne en France faire rapport à de Mons et tenter avec
lui
de
renouveler leur monopole du commerce de la fourrure.
Ils
y échouent mais ils réussissent à former une société
avec quelques marchands de Rouen,
pour
lesquels une section de l'unique habitation de Québec peut devenir
un entrepôt exclusif
pour
leur commerce de la fourrure. En retour de quoi, les marchands de Rouen
promettent
de soutenir la colonie. Champlain retourne à Québec le 8
avril 1610.
À
son retour, ses alliés amérindiens lui demandent assistance
dans un autre épisode
de
la guerre contre les Iroquois. Durant la bataille, à l'embouchure
de la rivière Richelieu,
Champlain
reçut une flèche qui lui « coupa le bout de l'oreille
et perça cou ».
Encore
victorieux, il retourne à Québec pour constater que la traite
de la fourrure
a
été désastreuse pour les marchands qui le soutiennent
et pour apprendre la nouvelle
de
l'assassinat d'Henri IV. Il retourne donc en France, laissant 16 hommes
à Québec.
Il
en profite, à la toute fin de décembre 1610, pour épouser
à Paris une très jeune fille,
nommée
Hélène Boullé, puis il revient à Québec
pour l'été 1611...
En
1603, Samuel de Champlain au Sault-au-Récollet
Samuel
de Champlain rappelle Jacques Cartier - Dans l’introduction de son 5e volume,
Champlain
nous informe que :
« le
dit Cartier alla jusqu'à un lieu qui s’apppelait de son temps Ochelaga,
et qui maintenant
s’appelle
Grand Sault saint Louis, lesquels lieux estoient habitez de Sauvages, qui
estans
sedentaires,
cultivoient les terres. Ce qu’ils ne font à present, à cause
des guerres
qui
les ont fait retirer dans le profond des terres »
Puis
Champlain continue :
« le
dit Cartier ayan recognu, selon son rapport, la difficulté de pouvoir
passer les Sauts,
et
comme estant impossible, s'en retourna où estoient ses vaisseaux…
hyverner en la riviere Sainte Croix,
où
maintenant les Pères Jésuites ont leur demeure »
Première
entente avec les Autochtones
Au
printemps 1603, François Gravé, sieur du Pont, débarque
en Nouvelle-France accompagné
du
géographe Samuel de Champlain et sous mandat de Aymar de Chaste,
gouverneur de Dieppe
et
titulaire du monopole commercial de la Nouvelle-France (le sieur Chauvin
de Normandie
était
décédé quelque temps auparavant). Ils viennent en
observateur sur volonté royale.
De
Chaste avait demandé à Pont-Gravé de recevoir Champlain
(alors connu comme géographe)
en
son vaisseau et lui faire connaître ces lieux. Ils parviennent à
Tadoussac le 24 mai 1603,
où
ils ancrent le navire. Le 27 mai, ils traversent en barque l'embouchure
du Saguenay et
descendent
à la Pointe aux Alouettes. Non loin de là se trouve la cabane
du grand chef
Montagnais
Anadabijou. Ils lui rendent visite. Ce dernier est alors en plein festin,
au
milieu d'une centaine de guerriers. Il accueille les nouveaux arrivants.
Un
conseil amérindien se réunit aussitôt. Champlain dévisage
curieusement ces autochtones
qu'il
découvre. L'un des Amérindiens qui accompagne Champlain et
qui revient de France,
se
lève et parle amplement du pays qu'il a visité. Il raconte
l'entrevue qu'il a eue avec
Henri
IV, roi de France. Il explique que le roi leur voulait du bien à
eux tous et désirait
peupler
leur terre. Pendant ce temps, le calumet de paix circule. Champlain et
Pont-Gravé
aspirent
à leur tour de grandes bouffées de fumée d'herbes.
Le conseil se termine.
Mais
ni Champlain, ni Pont-Gravé ne se doutent que la politique qui vient
de s'élaborer
dominera
tout le siècle qui s'ouvre. C'est ici que les guerres iroquoises
viennent de se décider.
Elles
séviront jusqu'à la Grande Paix de Montréal en 1701.
La rencontre fatidique faite,
le
18 juin 1603 ils quittent pour le Grand Sault Saint-Louis.
La
rivière des Prairies, voie d’entrée de Samuel de Champlain
Samuel
de Champlain fit plusieurs visites à Montréal qu’il appela
alors “le Sault” ou encore
“Le
Sault Saint-Louis” et encore parfois la “Mission Saint-Louis”. Il visita
une première fois
l’île
en 1603 à titre de géographe assistant de François
Gravé, sieur du Pont, chef d’expédition.
Bien
que sa description générale de la configuration des lieux
laisse à désirer, son arrivée au Sault est surprenante
et nous permet de reconnaître l’endroit où alors il se trouvait.
Il nous en informe ainsi :
« nous
arrivasmes cedict jour à l'entrée du sault…et rencontrâmes
une isle qui est
presque
au milieu de laditte entrée… d'un quart de lieuë de long… où
il n'y a que trois
à
quatre ou cinq pieds d'eau, et aucunes fois [parfois] une brasse ou deux…
et tout à coup
n'en
trouvions que trois ou quatre pieds… Du commencement de la dite isle qui
est au milieu
de
laditte entrée, l'eau commence à venir en grande force. »
Cette
description nous permet d’entrevoir où Champlain se trouvait alors:
à l’Île de la Visitation.
Puis,
approchant le Sault Saint-Louis que Jacques Cartier n’avait pu franchir,
le 2 octobre 1535,
il
nous informe que:
« Venant
à approcher dudict Sault avec notre petit esquif et le canot, je
vous assure que
jamais
je n’ai vu un torrent d’eau desborder avec une telle impétuosité
… n’étant que
d’une
brasse ou de deux, et au plus de trois » …(OEUVRE DE CHAMPLAIN -
p.
103 , abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
Remarquons
ici que Jacques Cartier dans son récit nous informe que trois saults
s’échelonnaient
d’une
distance de quelques 6 lieues. Samuel de Champlain pour sa part nous informe
dans
son
reportage d'une longueur de trois ou quatre lieues.
« Nous
fumes par terre dans les bois, pour en veoir la fin, …où l’on ne
voit plus de rochers, ny de saults….
et
ce courant contient quelques trois ou quatre lieuës »….
(OEUVRE
DE CHAMPLAIN - p. 104 , abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
Ce
disant, Samuel de Champlain confirmait ce que les visiteurs précédents,
dont Jacques Cartier,
son
neveu Jacques Noël et d’autres, avaient confirmé.
Notons
ici que, compte tenu de l’époque durant laquelle ces découvertes
furent faites,
une
époque où la notion de distance n’avait pas de valeur précise
(bien que plusieurs auteurs
attribuent
une longueur de 3 milles à un lieue), les distances mentionnées
sont d’un même ordre
de
grandeur. Ajoutons de plus que les caractéristiques topographiques
d'un site peuvent
grandement
changer avec le temps, en particulier celles d'une rivière.
Exploration
de l'île du Mont Royal
Recherche
d’un site pour une colonie à la rivière des Prairies
Tout
comme à Québec où Samuel de Champlain avait fait construire
une habitation,
il
désirait devoir éventuellement en faire autant en quelque
part le long de la rivière des Prairies.
Soit
près de l'un ou l'autre des saults qu'il mentionne dans ses écrits:
le SAULT,
LE
SAUT SAINT-LOUIS, LE GRAND SAULT.
Aussi
sans nous dire précisément son intention lorsqu'il quitta
Québec pour Montréal,
l'on
peut deviner qu'un de ses projets était d'identifier quelque part
sur l'île du Mont Royal
un
site propre à la construction d'une habitation et/ou d'une colonie.
Arrivant
à la rivière des Prairies le 28 mai 1611, il nous informe:
« Ce
mesme jour je partis de Quebecq, et arrivay audit grand saut le vingthuitiesme
de May,
où
je ne trouvay aucune des sauvages ….après avoir visité d'un
costé et d'autre,
tant
dans les bois que le long du rivage, pour trouver un lieu propre pour la
scituation
d'une
habitation, et y preparer une place pour bastir, je fis quelques huit lieues
par terre
cottoyant
le grand saut par des bois qui sont assez clairs, et fus jusques à
une lac o
ù
nostre sauvage me mena; où je consideray fort particulierement le
pays »…
(OEUVRE
DE CHAMPLAIN - p. 838, abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
Samuel
de Champlain termine finalement son récit de recherche d'un site
sis soit
le
long de la rivière des Prairies, soit ailleurs en nous informant
qu'après avoir
parcouru
quelques huit lieues, il aboutit au fleuve Saint-Laurent où il trouva
à l'embouchure
d'une
petite rivière (i.e.la rivière Saint-Pierre aujourd'hui disparue)
un site propre
à
des habitations, un site qu'il nomma Place Royale.
Grande
traversée de l’île du Mont Royal
L’un
des mandats dont Samuel de Champlain devait s’acquitter était de
celui de trouver
dans
la région de Montréal, peut-être au Sault Saint-Louis
ou à quelque autre endroit sis
sur
cette rivière des Prairies, le site d’une future colonie. Il nous
informe qu’il visita divers
lieux
le long de cette rivière, ce jusqu’au moment il entreprit en 1611
de traverser l’île et
de
marcher quelques 18 milles pour finalement aboutir dans ce qui est aujourd’hui
le Vieux-Montréal.
« Après
avoir visité d’un costé et d’autre, tant dans les bois, que
le long du rivage,
pour
trouver un lieu propre pour la scituation d’une habitation, et y preparer
une place
pour
y bastir, je cheminay 8. lieuës par terre costoyant le grand sault
par les bois
qui
sont assez clairs, et je fus jusques à un lac, où notre sauvage
me mena »…
(OEUVRE
DE CHAMPLAIN - p. 838 , abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
Champlain
venait d’identifier le site d’une nouvelle habitation, d’une nouvelle colonie
à laquelle
son
supérieur, le duc de Ventadour, vice-roi de la Nouvelle-France
(et
également dirigeant de la société secrète,
la Compagnie du Saint-Sacrement de l’Autel)
portait
grande attention. Là son attention fut retenue par la présence
d’un petit endroit
à
l’entrée d’une rivière, une rivière connue par la
suite sous le nom de rivière Saint-Pierre.
Il
nomma cette place, PLACE ROYALE.
« Mais
en tout ce que je veis, ne ne trouvay point de lieu plus propre qu’un petit
endroit,
qui
est jusques où les barques et chaloupes peuvent monter aisément,….
a
vons
nommé la Place royale, à une lieuë du Mont Royal »…
(OEUVRE
DE CHAMPLAIN - p. 838-839, abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
C'est
à cet endroit que sera trente ans plus tard construite la colonie
de Ville-Marie..
En
1610, mariage avec Hélène Boullé et retour au Québec
Durant
son séjour en France, il épousa Hélène Boullé,
une fillette de seulement douze ans.
À
cause de l'âge de celle-ci, le contrat de mariage ne pouvait prendre
effet
que
deux ans plus tard, mais Champlain reçut 4 500 livres comme dot,
ce
qui était une contribution significative à ses efforts à
Québec.
Hélène
Boullé
Les
fiançailles ont lieu le 29 décembre 1610 à Saint-Germain-l'Auxerrois
en France.
Hélène
Boullé a douze ans et Champlain en a environ trente.
Ce
n'est que dix ans plus tard, soit en 1620, qu'il l'emmène avec lui
à Québec.
Commencent
pour Hélène Boullé quatre ans de vie difficile. Manquant
souvent de nourriture, attaquée régulièrement par
les Iroquois, la petite colonie doit tout faire par elle-même,
car,
loin de la France, personne ne peut les aider. Hélène Boullé
apprend à parler
algonquin
et s'occupe des Amérindiens et des malades. Elle est tellement belle
et patiente
que
les Amérindiens l'adorent comme une divinité.
Mais
cette vie ne plaît pas du tout à la femme de Champlain. Très
croyante, elle n'a qu'un désir :
devenir
religieuse. En 1624, elle retourne en France et ne reviendra plus.
À
compter de 1633 Champlain demeure à Québec, jusqu'à
sa mort. Ils ne se verront plus.
Champlain
meurt en 1635 et, dix ans plus tard, Hélène Boullé
accomplit son rêve :
elle
entre au couvent Ursulines de Paris et prend le voile sous le nom d'Hélène
de Saint-Augustin.
Comme
elle est riche, elle donne tout son argent à la communauté
pour bâtir un nouveau
couvent
à Meaux, où elle s'installe avec quatre religieuses. Hélène
Boullé ne vivra que six années
dans
son couvent. Elle meurt le 20 décembre 1654, à l'âge
de cinquante-six ans.
Retour
à Québec
Champlain
retourna au poste de Québec le 21 mai 1611. Durant l'été,
il voyagea dans
le
secteur de l'actuelle Montréal où il défricha la terre
et y fit construire un mur
« pour
voir s'il résisterait à l'hiver ». Puis, afin d'augmenter
son prestige auprès des indigènes,
il
descendit les rapides de Lachine avec eux, un exploit qui avait été
réalisé
une
seule fois par un Européen.
Carte
de la Nouvelle France dressée par Samuel de Champlain - 1611
Cet
automne-là, il retourna une fois de plus en France pour assurer
l'avenir de sa quête
dans
le Nouveau Monde. Ayant perdu le soutien des marchands, il écrivit
des rapports
et
dessina une carte (laquelle est la plus ancienne qui existe encore aujourd'hui)
et
demanda
au nouveau roi, Louis XIII, d'intervenir. Le 8 octobre 1612, Louis XIII
nomma
Charles
de Bourbon, Comte de Soissons (qui allait bientôt devenir le Prince
de Condé)
lieutenant-général
en Nouvelle-France. Champlain reçut le titre de lieutenant et le
pouvoir
d'exercer
le commandement au nom du lieutenant-général, pour nommer
capitaines et
lieutenants,
de mandater des officiers pour l'administration de la justice et la maintenance
de
l'autorité policière, des règlements et ordonnances,
de faire des traités et d'effectuer
des
guerres avec les indigènes et de retenir les marchands qui ne font
pas partie de la société.
Ses
fonctions incluaient la tâche de trouver la voie la plus simple vers
la Chine et les
Indes
occidentales, et les moyens de découvrir et d'exploiter des mines
de métaux précieux
dans
le secteur.
Au
début de l'année, il publia un compte-rendu de sa vie entre
1604 et 1612 intitulé « Voyages »
et
le 29 mars 1613, il arriva de nouveau en Nouvelle-France et proclama son
nouveau mandat.
Plusieurs
indigènes furent dégoûtés par les tactiques
des marchands non autorisés et la traite
de
la fourrure, une fois de plus, rapporta peu de bénéfices.
Champlain partit le 27 mai
pour
continuer son exploration de la contrée des Hurons et en espérant
trouver la « mer du nord »
dont
il avait entendu parler (probablement la baie d'Hudson). Il navigua sur
la rivière
des
Outaouais, donnant la première description du secteur. Ce fut en
juin qu'il fit une rencontre
avec
Tessouat, le chef algonquin de l'Île aux Allumettes et offrit de
leur construire
un
fort s'ils avaient à se déplacer du secteur qu'ils occupaient
avec son sol pauvre
aux
rapides de Lachine.
En
1613 et 1615 et 1616, Samuel de Champlain aux Indes occidentales
Première
exploration (1613)
Premier
voyage de Samuel de Champlain dans les Pays d'en Haut - En mai 1613,
Champlain
entreprend l'exploration de la rivière des Outaouais. Un interprète
(ou "truchement")
Nicolas
de Vignau, a convaincu l'explorateur qu'il connaît le chemin qui
conduit à la « mer du Nord »
(la
baie d'Hudson). Mais lisons plutôt le départ de Champlain :
« Le
13, je partis de Québec pour aller au Sault Saint Louys où
j’arrivay le 21.
Or
n’ayant que deux canaux, je ne pouvois menier avec moy que 4. hommes entre
lesquels
estoit
un nommé Nicolas de Vigneau, le plus impudent menteur qui se soit
veu de long temps,
comme
la suite de ce discours le fera voir, …il me rapporta à son retour
de Paris en l’année 1612.
qu’il
avoit veu la mer du nort… Ainsi nos canots chargez de quelques vivres,
de nos armes &
marchandises
pour faire présents aux Sauvages, je partis le Lundi 27. Mai de
l'isle Saincte-Heleine,
avec
quatre François et un Sauvage. » ...
(Śuvres
de Champlain - p. 857, abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
À
l'instigation de Nicolas de Vignau, Champlain remonte alors la rivière
des Outaouais
vers
le pays des Hurons. Il s'arrête à un campement d’une tribu
algonquine, les Kichesipirinis,
sur
l'île aux Allumettes. Pour conserver le rôle des Kichesipirinis
comme intermédiaires
entre
les Français et les autres tribus amérindiennes, le chef
Tessouat contredit Vignau
à
propos de la route vers la baie d'Hudson. Il se montre également
très réticent devant
l'intention
de Champlain de poursuivre son voyage vers le lac Nipissing.
Après
quelques cadeaux et échanges diplomatiques, l'explorateur rebrousse
chemin et
rentre
à Québec. En cours de route Champlain perd son astrolabe
qui ne sera retrouvé
qu’au
XIXe siècle. Cet instrument est unique. Il s'agit du plus petit
des 35 astrolabes
nautiques
de cette période qui soient parvenus jusqu'à nous, et le
seul de cette époque
qui
provienne de France. Cet astrolabe pouvait également être
utilisé horizontalement comme instrument d'arpentage.
Première
messe dite sur l'île de Montréal (1615)
LA
PREMIÈRE MESSE SUR L'ÎLE DE MONTRÉAL - 24 JUIN 1615.
La première messe célébrée
sur
l'île de Montréal eut lieu le 24 juin 1615 à la rivière
des Prairies, par le père Denis Jamet
assisté
du père Joseph Le Caron, Récollets. En commémoration
de cette première messe,
la
ville de Montréal fit ériger en 1915 au milieu du parc Nicolas
Viel une stèle en granit
surmontée
d'une croix. L'une des faces de cette stèle rappelle cette première
messe
célébrée
à Montréal le 24 juin 1615, sur la rive de la rivière
des Prairies, par le Père Denis Jamet.
L'autre
face rappelle le souvenir du père Viel et de son protégé,
Ahuntsic.
Cette
stèle du sculpteur J.-C. Picher fut l'śuvre de la Société
Saint-Jean-Baptiste de Montréal.
De
plus, le visiteur pourra prendre connaissance de la magnifique toile du
peintre Georges Delfosse à la cathédrale Marie-Reine du Monde,
rue René-Lévesque à Montréal dont l'illustration
est tirée.
Au
sujet de cette première messe dite sur l'île du Mont Royal,
Samuel de Champlain déclare :
« …et
le jour suivant, je party de là pour retourner à la rivière
des Prairies,
où
estant avec deux canaux de Sauvages, je fis rencontre du père Joseph
[Le Caron],
qui
retournoit à notre habitation, avec quelques ornements d'Église
pour celebrer
le
saintc Sacrifice de la messe, qui fut chantee sur le bord de ladite riviere
avec toute devotion,
par
le Reverend Pere Denis [Jamet], et Pere Joseph [Le Caron], devant tous
ces peuples
qui
estoient en admiration, de voir les ceremonies dont on fait et des ornements
qui leur sembloient
si
beaux, comme chose qu'ils n'avoient jamais veuë: car c'estoient les
premiers qui ont celebré
la
Saincte Messe. » ...(
OEUVRES
DE CHAMPLAIN - p. 504, abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
Seconde
exploration à la Mer Douce (1615-1616)
Second
voyage de Samuel de Champlain dans les Pays d'en Haut et expédition
guerrière.
Le
9 juillet 1615, Champlain quitte Québec et atteint la baie Georgienne
en compagnie de deux Français.
L'un
est probablement Étienne Brûlé. Utilisant la grande
route de la traite (rivière des Outaouais,
rivière
Mattawa, lac Nipissing, rivière des Français et baie Georgienne)
Champlain accède
alors
au cśur du pays des Hurons. Il explore le pays maintenant son allégeance
aux alliés autochtones, les Algonquins et les Hurons-Ouendats. Il
voyage de village en village jusqu'à Cahiagué,
situé
sur les rives du lac Simcoe et lieu de rendez-vous militaire. Là
un groupe de guerriers
autochtones
auquel se trouve Étienne Brûlé, part en direction du
sud pour susciter la participation
des
Andastes au combat contre les Iroquois.
Il
décide alors de poursuivre la guerre contre les Iroquois.
Avec
un important contingent de guerriers hurons, Champlain accompagné
des quelques
Français
se dirige vers l'est puis traverse l'extrémité orientale
de l'actuel lac Ontario.
Ils
cachent les canots et poursuivent leur route à pied longeant la
rivière Onneiout (Oneida).
Parvenus
à un fort iroquois situé entre les lacs Oneida et Onondaga,
ils livrent bataille sans grand succès. Champlain est blessé.
Un
hivernement forcé (1615-1616)
Champlain
désire alors revenir au Saut-Saint-Louis. Mais les Autochtones en
décident autrement.
Les
Hurons refusent d'accompagner Champlain avant le printemps suivant, ce
qui force ce dernier
à
hiverner en Huronie.
Il
profite de son séjour dans la région pour explorer le sud-ouest,
les Pétuns et les
Cheveux-Relevés
(sud de la Huronie et de la péninsule Bruce). Lors d'une grande
chasse
en
compagnie de Hurons, Champlain se perd en forêt, erre pendant trois
jours dans les bois
avant
de retrouver ses compagnons. Il prend aussi le temps de rédiger
une description
détaillée
du pays, des mśurs, des coutumes et de la façon de vivre des Autochtones.
Il
s'émerveille devant la beauté du paysage et la fertilité
des lieux.
Il
ne tire cependant que des renseignements limités sur l'Ouest mystérieux,
car
en raison des guerres qui sévissent entre les diverses nations,
les Autochtones
ont
peu voyagé dans cette direction. Fin juin 1616, il est de retour
au Saut-Saint-Louis
Constitution
de sociétés
Statue
de Samuel de Champlain à Ottawa (Ontario)
Le
26 août, Champlain était de retour à Saint-Malo. Il
y écrivit un compte-rendu du voyage en amont de la rivière
des Outaouais et publia une autre carte de la Nouvelle-France. En 1614
il forma la « Compagnie des Marchands de Rouen et de Saint-Malo »
et la « Compagnie de Champlain », laquelle limitait les marchands
de Rouen et Saint-Malo depuis onze ans. Il retourna en Nouvelle-France
au printemps 1615, cette fois-ci avec quatre Récollets afin de promouvoir
la vie religieuse dans la nouvelle colonie. Champlain s’embarque à
Honfleur sur le Saint-Étienne, le Don de Dieu et le Loyal.
Champlain
continua de travailler pour améliorer les relations avec les indigènes,
promettant de les aider dans leur luttes contre les Iroquois. Avec ses
guides indigènes, il explora plus loin la rivière des Outaouais
et aboutit au lac Nipissing. Il suivit ensuite la rivière French
jusqu'à ce qu'il atteigne la mer d'eau douce qu'il nomma lac Attigouautau
(aujourd'hui le lac Huron).
Le
1er septembre, à Cahiagué (au lac Simcoe), débuta
une expédition militaire. Ils passèrent le Lac Ontario à
sa pointe orientale où ils cachèrent leurs canots et continuèrent
leur voyage sur terre. Ils suivirent la rivière Oneida jusqu'à
ce qu'ils se retrouvent face à un fort iroquois. Les Hurons faisant
pression pour attaquer prématurément, l'assaut échoua.
Champlain fut blessé deux fois aux jambes par des flèches,
dont une dans le genou. L'attaque dura environ trois heures jusqu'à
ce qu'ils soient forcés de fuir.
Bien
qu'il ne le voulait pas, les Hurons insistèrent pour que Champlain
passe l'hiver avec eux. Durant son séjour, il les accompagna dans
leur grande chasse au cerf, durant laquelle il se perdit et fut obligé
d'errer trois jours, dormant sous les arbres jusqu'à ce qu'il fasse
par chance une rencontre avec une des Amérindiens. Il passa le reste
de l'hiver apprenant « leur pays, leurs façons, leurs coutumes,
leur mode de vie ». Le 22 mai 1616, il quitta la contrée des
Hurons et était de retour à Québec le 11 juillet.
Il passa quelque temps à agrandir le fort qu'il nommait Habitation
et repartit pour la France le 20 juillet.
En
France, Champlain apprit que le Prince de Condé avait été
arrêté. Le maréchal de Thémines fut promu au
bureau de vice-roi. Champlain, ayant perdu sa position de lieutenant, écrivit
un rapport au roi de France et à la Chambre de Commerce afin d'augmenter
le soutien de ses efforts en Nouvelle-France. Il écrivit ceci, en
chemin vers la Nouvelle-France :
« On
a pu facilement atteindre le Royaume de Chine et les Indes Occidentales,
d'où l'on peut tirer profit de grandes richesses » et les
droits de service, lesquels peuvent être collectés des échanges
résultants, « peuvent surpasser en valeur au moins dix fois
tous ceux prélevés en France. »
Il
énonça que la France contrôlait un pays « de
presque dix-huit cents lieues en longueur, arrosé par les plus loyales
rivières du monde » et que des âmes innombrables pourraient
être converties au christianisme. Pour atteindre ces buts, Champlain
suggéra qu'« une ville aussi large que Saint-Denis, laquelle
devrait être nommée, s'il vous plaît Dieu et le Roi,
Ludovica » soit fondée. Il demanda que la France envoie 15
Récollets, 300 familles de quatre personnes et 300 soldats. Concernant
le commerce, Champlain estima que la colonie produirait un revenu annuel
d'approximativement 5 400 000 livres, principalement de la pêche,
des mines, des fourrures et des profits comme résultat à
la « plus courte route vers la Chine ». La Chambre de Commerce
a été convaincue immédiatement et Champlain regagna
son monopole sur la traite de la fourrure. Le Roi chargea ses associés
de « poursuivre tout le travail qu'il sera jugé nécessaire
pour établir les colonies qui voudront se retrouver dans le-dit
pays ».
Champlain
repartit en Nouvelle-France au printemps de 1618 pour y arriver seulement
le 28 août. Les Britanniques étaient parvenus à obtenir
la liberté des échanges. Aussi ses associés refusaient-ils
d'assurer la population de la colonie, craignant de ne pouvoir obtenir
des fourrures que des colons. Champlain fut dérangé, écrivant
« Ils pensaient ... ils installaient une sorte de république
là selon leurs propres notions. » Il a assuré son droit
de commander Québec faisant signer à ses associés
un contrat assurant qu'ils maintiendraient 80 personnes dans la ville de
Québec. Son voyage de retour planifié en Nouvelle-France
fut annulé quand les associés refusèrent à
nouveau de reconnaître ses droits, et il fut forcé de rester
en France. Durant son séjour, il écrivit un compte-rendu
de ses voyages entre 1615 à 1618. En octobre 1619, le Prince de
Condé fut libéré et a reporté ses droits comme
vice-roi au duc de Montmorency, amiral de France.
Le
duc de Montmorency confirma Champlain dans sa fonction et, le 7 mai 1620,
Louis XIII lui demanda de maintenir le pays de Nouvelle-France « en
obéissance à moi, faisant vivre le peuple qui est là-bas
en aussi proche conformité avec les lois de mon royaume que vous
le pouvez. » Champlain retourna immédiatement en Nouvelle-France
à bord du Saint Étienne et allait y passer le reste de sa
vie, se concentrant sur l'administration du pays plutôt que sur l'exploration.
Champlain
passa l'hiver à construire le Fort Saint-Louis au haut du Cap Diamant.
À la mi-mai, il apprit que la traite de fourrure avait été
prise en main par une autre compagnie dirigée par les frères
Caën. Après quelques négociations tendues, il se décida
à fusionner les deux compagnies sous la direction des Caën.
Champlain continua son travail sur les relations avec les Amérindiens
et parvint à leur imposer un chef de son choix. Il parvint également
à signer un traité de paix avec les tribus iroquoises.
Champlain
continuait à travailler sur l'amélioration de son Habitation,
posant la première pierre le 6 mai 1624. Le 15 août, il retourna
une fois de plus en France où il fut encouragé à continuer
son travail aussi bien qu'à continuer la recherche d'un passage
vers la Chine. Le 5 juillet, il revint à Québec et continua
à travailler à l'expansion de la ville.
En
1627, le cardinal de Richelieu prit de l'intérêt pour Québec
en créant la Compagnie des cent-associés dont Champlain fut
membre. Ce nouveau régime conduisit Champlain à devenir,
le 21 mars 1629 le lieutenant et représentant de Richelieu en Nouvelle-France
Chute
de Québec
Les
choses n'allaient pas se maintenir pour Champlain et son petit village.
Les approvisionnements étaient au plus bas durant l'été
de 1628 et les marchands anglais avaient pillé la ferme de Cap Tourmente
au début de juillet. Le 10 juillet, Champlain reçut une sommation
de quelques marchands anglais, Gervase Kirke et ses fils Lewis, Thomas
et David Kirke. Il refusa de faire affaire avec eux, mais en réponse
les Anglais firent le blocus de la ville avec leurs trois navires. Au printemps
de 1629, les vivres étaient à un niveau extrêmement
bas et Champlain fut forcé d'envoyer des gens à Gaspé
pour conserver les rations. Le 19 juillet, les frères Kirke arrivèrent
et Champlain fut forcé de négocier les termes de la capitulation
de la ville, le 14 septembre 1629. Au 29 octobre, Champlain se retrouvait
à Londres.
Durant
les années suivantes, Champlain écrivit Voyages de la Nouvelle
France dédicacé à Richelieu avec son Traité
de la marine et du devoir d'un bon marinier. Il fut absent du Québec
jusqu'au traité de Saint-Germain-en-Laye en 1632, quand il revint
en France et le 1er mars 1633, Champlain réclama son poste de gouverneur
de la Nouvelle-France au nom de Richelieu.
Champlain
partit de Dieppe (ou de Rouen, selon les sources) le 23 mars 1633 pour
Québec, qu'il atteignit le 22 mai, après une absence de quatre
ans. Plus de 200 personnes l'accompagnaient, à bord de trois navires :
le Saint Pierre, le Saint Jean et le Don de Dieu (la devise de la ville
de Québec est « Don de Dieu ferai valoir »). Le 18 août
1634, il envoya un rapport à Richelieu disant qu'il avait rebâti
sur les ruines de Québec, élargi ses fortifications, construit
une autre Habitation à quinze lieux en amont, aussi bien qu'une
autre à Trois-Rivières. Il a aussi commencé une offensive
contre les Iroquois annonçant qu'il voulait les éliminer
ou les « ramener à la raison ».
Au
mois d'octobre 1635, Champlain fut frappé de paralysie. Il mourut
le 25 décembre 1635 sans enfant. Il a été enterré
temporairement dans une tombe sans nom, tandis que la construction était
finie sur la chapelle de Monsieur le Gouverneur. En tant que tel, et malgré
de nombreuses fouilles, l'emplacement exact du tombeau de Champlain reste
inconnu...
Portrait
Portrait
factice de Champlain par E. Ronjat.
Il
n'existe pas de portrait authentique de Champlain. Toutes les représentations
que l'on en donne sont des faux ou des interprétations. La seule
image originale est une gravure d'une bataille au lac Champlain en 1609,
mais les caractéristiques faciales sont trop vagues pour en avoir
une bonne idée.
Il
est aujourd'hui admis par les historiens que le portrait que l'on a cru
longtemps être celui de Samuel de Champlain serait en fait celui
d'un contrôleur des finances nommé Particelli d'Emery.
Il
est toutefois de coutume, faute de mieux, de représenter Champlain
sous ces traits.
Mais
selon une théorie de l'historien Marcel Trudel, sur des cartes géographiques
de l'Amérique du Nord dessinées par Samuel de Champlain en
1612 et 1632, figurent au centre des roses des vents, l'autoportrait de
Champlain.
L'autoportrait
d'un géographe était chose courante au XVII siècle.
Si
la théorie de l'historien québecois Marcel Trudel est exacte,
nous avons les représentations authentiques du visage de Samuel
de Champlain.
CONSTRUCTION
DE L'HABITATION
DE
PORT-ROYAL
En
1604, le sieur de Pierre Dugua de Mons se vit octroyer le monopole du commerce
dans la vallée du Saint-Laurent et dans les régions côtières
de l'Atlantique. Parmi ses associés figurait Samuel de Champlain;
ensemble, les deux hommes fondèrent une petite colonie à
Port-Royal, sur la baie de Fundy. Ce dessin de l'illustrateur Charles William
Jefferys (1869-1951) montre Champlain surveillant l'édification
de Port-Royal. Plus tard, de Pierre Dugua de Mons déménagea
et alla installer son quartier général dans la vallée
du Saint-Laurent où, en 1608, Champlain fonda un poste de traite
de conception similaire à Québec, l'endroit où Cartier
avait hiverné en 1535. L'établissement se composait d'un
entrepôt à fourure et d'une habitation entourée d'un
fossé et d'une palissade de bois. Cette base d'opérations
située à l'intérieur du pays permit d'établir
des relations commerciales avec des groupes autochtones vivant au Gros
Sault et au delà.
Source:
Division de l'iconographie, Archives publiques du Canada (C-73716)
RECHERCHE
À LA RIVIÈRE DES PRAIRIES
Tout
comme à Québec où Samuel de Champlain avait fait construire
une habitation, il désirait devoir éventuellement en faire
autant à quelque part le long de la rivière des Prairies.
Soit près de l'un ou l'autre des saults qu'il mentionne dans ses
écrits: le SAULT, LE SAUT SAINT-LOUIS, LE GRAND SAULT. Aussi sans
nous dire précisément son intention lorsqu'il quitta Québec
pour Montréal, l'on peut deviner qu'un de ses projets était
d'identifier quelque part sur l'île du Mont Royal un site propre
à la construction d'une habitation et/ou d'une colonie. Arrivant
à la rivière des Prairies le 28 mai 1611, il nous informe:
"Ce
mesme jour je partis de Quebecq, et arrivay audit grand saut le vingthuitiesme
de May, où je ne trouvay aucune des sauvages ....aprés avoir
visité d'un costé et d'autre, tant dans les bois que le long
du rivage, pour trouver un lieu propre pour la scituation d'une habitation,
et y preparer une place pour bastir, je fis quelques huit lieues par terre
cottoyant le grand saut par des bois qui sont assez clairs, et fus jusques
à une lac où nostre sauvage me mena; où je consideray
fort particulierement le pays"...
(OEUVRE
DE CHAMPLAIN - p. 838 , abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
Samuel
de Champlain termine finalement son récit de recherche d'un site
sis soit le long de la rivière des Prairies, soit ailleurs en nous
informant qu'après avoir parcouru quelques huit lieues, il aboutit
au fleuve Saint-Laurent où il trouva à l'embouchure d'une
petite rivière (i.e.la rivière Saint-Pierre aujourd'hui disparue)
un site propre à des habitations, un site qu'il nomma Place Royale
L’un
des mandats dont Samuel de Champlain devait s’acquitter était de
celui de trouver dans la région de Montréal, peut-être
au Sault Saint-Louis ou à quelque autre endroit sis sur cette rivière
des Prairies, le site d’une future oolonie. Il nous informe qu’il visita
divers lieux le long de cette rivière, ce jusqu’au moment il entreprit
en 1611 de traverser l’île et de marcher quelques 18 milles pour
finalement aboutir dans ce qui est aujourd’hui le Vieux-Montréal.
....”Après
avoir visité d’un costé et d’autre, tant dans les bois, que
le long du rivage, pour trouver un lieu propre pour la scituation d’une
habitation, et y preparer une place pour y bastir, je cheminay 8. lieuës
par terre costoyant le grand sault par les bois qui sont assez clairs,
et je fus jusques à un lac, où notre sauvage me mena”...
(OEUVRE DE CHAMPLAIN - p. 838 , abbé C.-H. Laverdière, M.
A.)
Samuel
de Champlain venait d’identifier le site d’une nouvelle habitation, d’une
nouvelle colonie à laquelle son supérieur, le Duc de Ventadour,
Vice Roy de la Nouvelle-France (et également dirigeant de la société
secrète, la Compagnie du Saint-Sacrement de l’Autel) portait grande
attention. Là son attention fut retenue par la présence d’un
petit endroit à l’entrée d’une rivière, une rivière
connue par la suite sous le nom de rivière Saint-Pierre. Il nomma
cette place, PLACE ROYALE.
..”Mais
en tout ce que je veis, ne ne trouvay point de lieu plus propre qu’un petit
endroit, qui est jusques où les barques et chaloupes peuvent monter
aisément,.... avons nommé la Place royale, à une lieuë
du Mont Royal...
(OEUVRE
DE CHAMPLAIN - p. 838-839 , abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
PLAN
DU FLEUVE SAINT-LAURENT
Ce
plan du fleuve Saint-Laurent fut dressé en 1609 par Samuel de Champlain
lors de sa traversée dans les boisés de l'île de Montréal
alors qu'il était à la recherche d'un site propice à
l'implantation d'une colonie. Il posa son choix sur l'embouchure d'une
petite rivière, qu'il baptisa Place Royale, en l'honneur de son
roi. Le site devait devenir en 1642 le lieu d'implantation de Ville-Marie.
Chose fort intéressante, le plan montre le mont Royal (à
droite de l'illustration) composé de ses trois collines.
Les
rapides de Lachine y sont évidentes (en haut à droite). Le
site de la bourgade de Hochelaga
n'y
est pas montré. Ce plan magistral fut repris par le peintre Paul-Émile
Borduas dont
la
toile est exposée au Grand Chalet du parc Mont-Royal.
SOURCE:
Les Voyages du Sieur de Champlain, Xaintongeois.
Suite
à la venue de Cartier au Mont Royal, l'île du Mont Royal suscite
l'intérêt de Samuel de Champlain. Le 28 mai 1611, il traverse
l'île depuis la rivière des Prairies et s'arrête à
l'embouchure d'une petite rivière à une place qu'il nomme
alors Place Royale. Il y fait des tests de sol et construire un mur. Il
faudra attendre encore encore 30 ans avant qu'une colonie y prenne place:
Ville-Marie.
Samuel
de Champlain visite le site de la future colonie Ville-Marie.
En
1611, trente et un ans avant l'implantation de la colonie Ville-Marie,
l'île du Mont Royal suscite l'intérêt de la France,
Le 28 mai 1611, Samuel de Champlain aborde l'île et fait construire
à l'embouchure de la rivière Saint-Pierre (rivière
aujourd'hui disparue) un mur d'essai visant à vérifier la
qualité du sol. Il reviendra sur l'île en 1613 et en 1615.
En
1642, une colonie y prendra naissance: Ville-Marie.
EN
FRANCE
Nomination
du Duc de Ventadour
comme
Viceroy de la Nouvelle France (1622)
.
Samuel
de Champlain nous informe (page 1071 de son mémoire Les Voyages
de la Nouvelle France Occidentales dicte Canada par CH Laverdière)
de la nomination de Henri de Lévis et Duc de Ventadour à
titre de Viceroy en la Nouvelle France. Ce en remplacement de Monseigneur
de Montmorency. Suivent alors les recommandations que le Duc de Ventadour
transmet à Samuel de Champlain.
Nous
soulignerons ici les aspects importants suivants. Nommément:
-
TROUVER UNE ROUTE VERS LA CHINE ET LES INDES - ..”essayer à trouver
le chemin facile pour aller par dedans ledit pays au Royaume de la Chine
et Indes Occidentales....tant par la mer que par terre” ....
(OEUVRE
DE CHAMPLAIN - p. 1074 , abbé C.-H. Laverdière, M. A.)
Cette
recommandation décrit bien l’entreprise que la France entendait
accomplir en terre d’Amérique. Jacques Cartier avait débuté
en ce sens plus près d’un siècle auparavant.
-
FAIRE CONSTRUIRE UNE PREMIÈRE HABITATION ...” faire construire et
bastir tels forts et forteresses qu’il lui sera besoin et necessaire, pour
la conservation de ses gens...au dit lieu de Québec, et autres lieux
et endroicts, en l’estenduë de notredict pouvoir” ...(OEUVRE DE CHAMPLAIN
- p. 1073 , abbé C.-H. Laverdière, M.A.)
DONNER
PRIORITÉ À LA RELIGION CATHOLIQUE ROMAINE - ...”faire instruire
.... à la cognoissance et service de Dieu et à la foy et
religion Catholique, Apostolique et Romaine... en l’exercice et profession
d’icelle,...les dits lieux” ...(OEUVRE DE CHAMPLAIN - p. 1073 , abbé
C.-H. Laverdière, M. A.)
En
d’autres mots Champlain devra s’assurer que la religion devant être
favorisée sera la religion catholique. Cette prise de décision
des dirigeants français devait avoir des effets néfastes
sur le développement du pays. Le lecteur voudra noter ici qu’à
cette époque, la France ignorait l’oeuvre produite en 1556 à
Venise, Delle Navigationi et Viaggi.
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