2014: ANNEE INTERNATIONALE DE L’AGRICULTURE FAMILIALE

« L’agriculture c’est la base de la culture. »
de Maurice Béjart




 
 « Il faut rendre à l’agriculture sa place et son rang. »
de Alphonse Karr

« L'agriculture ne sert plus à nourrir les populations, mais à produire des devises. »
de Robert Linhart

L’ANNEE INTERNATIONALE DE L’AGRICULTURE FAMILIALE

L’Année internationale de l’agriculture familiale 2014 (AIAF) vise à rehausser l’image de l’agriculture familiale et de la petite agriculture en focalisant l’attention du monde entier sur leur contribution significative à l'éradication de la faim et de la pauvreté, à l’amélioration de la sécurité alimentaire, de la nutrition et des moyens d’existence, à la gestion des ressources naturelles, à la protection de l’environnement et au développement durable, en particulier dans les zones rurales.

L’objectif de l’AIAF 2014 est de remettre l’agriculture familiale au centre des politiques agricoles, environnementales et sociales dans les programmes d’action nationaux, en identifiant les lacunes à combler et les opportunités offertes afin de favoriser la transition vers un développement plus équitable et plus équilibré. L’AIAF 2014 favorisera le débat et la coopération aux niveaux national, régional et mondial, pour faire mieux connaître et comprendre les défis qu’affrontent les petits exploitants et aider à identifier des moyens efficaces pour soutenir l’agriculture familiale.

QU’EST-CE QUE L’AGRICULTURE FAMILIALE?

L’agriculture familiale englobe toutes les activités agricoles reposant sur la famille, en connexion avec de nombreux aspects du développement rural. L’agriculture familiale permet d’organiser la production agricole, forestière, halieutique, pastorale ou aquacole qui, sous la gestion d’une famille, repose essentiellement sur de la main-d’œuvre familiale, aussi bien les hommes que les femmes.

Dans les pays développés comme dans les pays en développement, l’agriculture familiale est la principale forme d’agriculture dans le secteur de la production alimentaire.

Au niveau national, plusieurs facteurs clés peuvent contribuer avec succès à son développement, entre autres: les conditions agro-écologiques et les caractéristiques territoriales; les politiques environnementales; l’accès au marché; l’accès à la terre et aux ressources naturelles; l’accès à la technologie, aux services de vulgarisation agricole et au crédit; les conditions démographiques, économiques et socio-culturelles; la disponibilité d’un enseignement spécialisé.

L’agriculture familiale joue un rôle important au niveau socio-économique, environnemental et culturel.


« Après l’agriculture, l’industrie et le service, l’humanité est définitivement rentrée dans l’ère du savoir. Ce sont ceux qui savent qui feront la différence. »

EN QUOI L’AGRICULTURE FAMILIALE EST-ELLE IMPORTANTE?

l´Assemblée Générale de l´ONU à déclaré 2014 Année Internationale de l´Agriculture Familiale-AIAF.

Il faut souligner que c´est la première Année Internationale précédée d´une campagne mondiale de la Société Civile en faveur de sa déclaration par l´ONU.
A partir de maintenant -à la demande de l´ONU-, la FAO, en collaboration avec le FIDA, etc., va préparer le programme officiel de l´AIAF 2014.

Le combat fut rude. L'Union Européenne voulait retarder l'AIAF à 2016. Finalement, 36 pays ont voté en faveur de l'AIAF en 2014. Parmi l'UE, seule l'Espagne a donné son soutien et seulement 6 pays africains : Guinée, Guinée-Bissau, Niger, Sierra Leone, Togo, Tanzanie et Seychelles.

Bien plus qu’un simple modèle d’économie agricole, l'agriculture familiale est la base sur laquelle se développent les communautés rurales partout dans le monde. Les femmes et les hommes engagés dans l’agriculture familiale produisent 70% de l'alimentation mondiale. 1,5 milliards de personnes travaillent la terre.

C'est pourquoi la déclaration de 2014 comme année internationale de l'Agriculture Familiale est primordiale pour sensibiliser et pour promouvoir l'agriculture familiale dans le monde aux niveaux politiques et économiques.

A la suite d’une initiative du World Rural Forum (2008) et sur proposition des Philippines (2011), l’Assemblée Générale des Nations Unies a décidé de consacrer l’année 2014 « Année internationale de l’agriculture familiale ». La FAO, Le FIDA/IFAD, Le PAM/WFP, le CGIAR ainsi que d’autres organisations de l'ONU, des gouvernements et des ONG sont impliqués dans la préparation des activités liées à cette année internationale.

L’objectif est de mieux faire connaître la contribution de l’agriculture familiale et des petites exploitations agricoles dans la lutte contre la faim et la pauvreté rurale, l’amélioration de la sécurité alimentaire, la protection de l’environnement et le développement durable des zones rurales. 
 
                                                    Quatre objectifs spécifiques sont associés à cette année internationale :
                                                 soutenir le développement de politiques favorables à une agriculture familiale durable ;
                                                    améliorer la connaissance, la communication et la sensibilisation de l’opinion publique ;
                                atteindre une meilleure compréhension des besoins des exploitants familiaux, de leur potentiel et de leurs contraintes ;
                                                créer des synergies sur le long terme (notamment dans le cadre post-2015).



 « Rien n'est meilleur que l'agriculture, rien n'est plus beau, rien n'est plus digne d'un homme libre. Elle suffit amplement aux besoins de notre vie. »

 « Tout paysan debout domine noble à genoux. »

« La vache connaît son berger, mais pas son propriétaire. »

Lancement de l'Année internationale de l'agriculture familiale

  - C'est aujourd'hui à son siège social de New York que l'Organisation des Nations Unies (ONU) procédait au lancement de l'Année internationale de l'agriculture familiale (AIAF 2014). L'Union des producteurs agricoles joint sa voix à celle de l'ONU et de centaines d'autres organisations à travers le monde pour promouvoir cette initiative qui met de l'avant la contribution essentielle des familles agricoles à l'éradication de la faim et de la pauvreté, l'amélioration de la sécurité alimentaire, la gestion des ressources naturelles, la protection de l'environnement et le développement durable.

L'agriculture familiale est le modèle qui prédomine sur la planète.  Elle est pratiquée par plus de 500 millions d'exploitants dont le rôle est essentiel pour nourrir le monde.  Pour l'Union des producteurs agricoles, l'AIAF 2014 contribuera à remettre l'agriculture familiale au centre des politiques agricoles, environnementales et sociales afin de favoriser un développement plus équitable.

Rappelons que l'Union signait, l'an dernier, une entente de collaboration avec l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) visant à « promouvoir le développement d'une agriculture familiale performante, économiquement viable, socialement solidaire, équitable et durable, structurée au sein d'organisations professionnelles et insérée dans le marché ».

Par cette entente, la FAO reconnaissait que « la sécurité alimentaire mondiale repose sur la capacité des agriculteurs et des agricultrices à nourrir la planète et que pour y parvenir, ils doivent pouvoir compter sur des politiques agricoles locales, régionales et nationales équitables qui favorisent le développement d'une agriculture familiale et permettent l'installation des jeunes pour le renouvellement des générations ». À cet égard, l'Union des producteurs agricoles réclame depuis plusieurs années un secrétariat québécois à la spécificité agricole pour faire la promotion de l'exception agricole à l'échelle internationale.

L'Union entend souligner cette reconnaissance mondiale tout au long de l'année 2014 et en a d'ailleurs fait le thème de son congrès annuel qui se tiendra du 3 au 5 décembre prochain à Québec : « L'agriculture familiale, toujours vraie ! ».

C’est au cours du 2e Forum Paysan du Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA), en février 2008, que germe le projet d’une
campagne en faveur de la reconnaissance d’une année internationale de l’agriculture familiale. Si l’initiative est d’abord présentée par le Forum
Rural Mondial, association dédiée au développement rural, un grand nombre d’associations se mobilisent pour porter le projet : au final un peu plus de 350 organisations de la société civile en provenance de 60 pays différents se sont mobilisées pour le soutien de la campagne
jusqu’à l’obtention de la déclaration officielle des Nations-Unies en décembre 2011. Suite à cela, deux dynamiques se sont mises en place: l’une est officielle et son programme est géré par la FAO; l’autre relève de la société civile, qui a mis en place un Comité Consultatif Mondial (Ce Comité est notamment constitué de membres d’Organisations Paysannes et de membres d’ONG rurales des différents continents), ayant pour tâche d’«organiser et orienter» l’AIAF-2014. 2014, une opportunité pour parler de l’avenir de l’agriculture familiale L’AIAF-2014 se veut un outil de promotion de politiques actives en faveur du développement  durable des systèmes agricoles de l’agriculture familiale, paysanne, indigène, coopérative et de la pêche artisanal
(Site officiel de l’AIAF-2014: www.familyfarmingcampaign.net/default.asp?id=fr)

L’agriculture familiale est portée comme figure de proue d’une campagne pour la reconnaissance et la défense de systèmes de production
trop généralement négligés par les politiques et systématiquement marginalisés dans les dynamiques de libre marché actuelles. Mais quels systèmes de production recouvre cette appellation générique d’«agriculture familiale»? Selon les contextes nationaux et les traditions agricoles de chacun, l’agriculture familiale correspond
à des modèles ou des définitions différentes. On prend généralement comme dénominateur commun l’existence «d’un lien central et privilégié entre l’activité agricole et l’organisation familiale et plus particulièrement en ce qui concerne le patrimoine, les moyens de production, la mobilisation du travail, et la prise de décision » (Agricultures Familiales, Atelier de travail,Montpellier 2- février 1998).

 Ces caractéristiques générales de fonctionnement et d’organisation sociale nous permettent de prendre en compte
et de réunir une grande variété d’agricultures familiales en évitant les différenciations classiques basées sur des critères de taille ou de mode de production.

Situation actuelle
En 2011, la population rurale représentait un peu plus de 47,5 % de la population mondiale (Banque Mondiale, 2011). Au niveau de l’alimentation
mondiale, on estime que 70% de l’alimentation mondiale est produite par des exploitations familiales (Conférence mondiale sur l’agriculture familiale, Bilbao, 2011). Certains nous rappellent que l’agriculture familiale est le mode d’organisation de l’agriculture historiquement dominant, ce qui nous permet de souligner
la grande capacité d’adaptation de ces systèmes à travers le temps, contrairement à l’image figée que certains lui attribuent (particulièrement
dans les pays du sud). Elle reste en effet encore souvent assimilée à une image d’agriculture ancestrale, marginale et peu rentable; changer cette image est un des objectifs de la campagne.


Défis de l’AIAF-2014
Le CSA et l’UAW ont eu l’occasion de rencontrer José Osaba et Mr José Maria Zeberio Begiristain, membres du Comité Consultatif Mondial, promoteurs et porteurs de la campagne AIAF-2014.
Ils se réjouissent de l’implication des cinq continents dans la campagne et soulignent que, dans chacun de ceux-ci, une multitude de personnes se sentent touchées et concernées par les thématiques que l’AIAF-2014 met en avant. Les problèmes d’accès à la terre, aux ressources financières et aux marchés ou encore le leadership
féminin et la nécessité de réguler les marchés sont des thèmes qui mobilisent et inquiètent la majorité des agriculteurs familiaux.
Le thème de l’agriculture familiale n’est pas neutre; il remet en question des dynamiques de marché et certains modèles existants. C’est pourquoi cette année internationale est particulière et représente une opportunité pour porter le débat au devant des politiques. Pour le Comité Consultatif Mondial, la véritable échelle d’action de l’AIAF est le niveau national. Chaque pays devrait pouvoir réaliser un diagnostic commun de la situation nationale de l’agriculture familiale,
mettre en avant les enjeux prioritaires et les faire valoir auprès des décideurs politiques. Il s’agit aussi de parvenir à faire comprendre à ces derniers,
ainsi qu’aux citoyens et aux organisations internationales, le rôle irremplaçable de l’agriculture familiale.

Pour Marianne Streel, Présidente de l’Union des Agricultrices Wallonnes, l’agriculture familiale est un sujet cher à l’UAW. «Nous défendons
cette thématique et supportons la campagne de l’AIAF-2014 depuis son commencement». L’UAW a participé à la première rencontre continentale
(tenue le 4 juillet 2012 au siège du COPA) et «se sent investie d’une mission forte en Belgique pour porter et aider au rayonnement de la campagne AIAF-2014, tout en se focalisant sur des thèmes qui touchent directement l’agriculture belge».
Pour nos partenaires asiatiques, la démarche est déjà bien lancée, les thèmes d’intervention sont arrêtés et les activités prennent progressivement forme.

Esther Penunia, secrétaire générale de l’Asian Farmers Association for rural sustainable development (AFA), explique que l’association est essentiellement
composée de petites exploitations familiales. De ce fait, dit-elle, l’AIAF est notre année. C’est pourquoi il faut saisir cette opportunité pour mettre en avant la contribution de l’association au développement économique, socio-politique, culturel et environnemental de nos régions.

Pour l’AFA, l’enjeu de cette année est aussi de renforcer l’engagement, la solidarité et les capacités des agriculteurs familiaux et des organisations
nationales et régionales qui les défendent, afin de promouvoir et soutenir des politiques et programmes de soutien à l’agriculture familiale.
L’AFA portera plusieurs thèmes principaux comme les droits fonciers et l’augmentation du pouvoir de marché, mais aussi l’importance
d’une participation des agriculteurs familiaux, et plus particulièrement celle des jeunes et des femmes, dans les processus de décision touchant à l’agriculture.
Le plan de campagne de l’AFA pour 2014 doit encore se préciser, mais se déclinera sous formes d’activités relevant de quatre domaines: politiques et plaidoyer, renforcement des capacités, gestion des connaissances et gouvernance.
Au niveau européen, la Suisse, mais surtout la France se sont engagés dans l’organisation de cette année de l’agriculture familiale: les Jeunes Agriculteurs (de France) et l’AFDI (Agriculteurs Français et Développement International) ont déjà établi un dialogue avec le Ministre de l’environnement, Stéphane Lefoll et obtenu son soutien
pour la campagne. Pour atteindre les objectifs de la campagne et toucher un très large public, les activités de sensibilisation et de communication vont se multiplier
et tous les moyens seront envisagés, allant des foires agricoles à des festivals de films documentaires, en passant par la samba et les carnavals
placés sous la thématique de l’agriculture familiale par nos partenaires brésiliens… Affaire, à suivre!
Documents et sites de référence:

• www.familyfarming.net
• www.coordinationsud.org
Coordination Sud. Défendre les agricultures familiales: lesquelles, pourquoi ?






Agriculture familiale

Les agriculteurs familiaux constituent de loin la majorité des agriculteurs dans le monde. Ils contribuent à créer de la richesse, des emplois et à assurer de nombreuses fonctions, de la production de nourriture à l’aménagement du territoire. La réponse au défi alimentaire passe donc par un soutien aux agricultures familiales, première source de nourriture pour les populations du Sud.

Sur les trente dernières années, les agricultures familiales ont eu tendance à être délaissées sur le terrain de l’Aide publique au développement, de nombre de politiques agricoles des pays du Sud, comme dans les discours des institutions internationales. De fait, on observe dans la plupart de ces pays une inégalité dans l’accès aux ressources publiques entre les agricultures familiales et d’autres formes d’agricultures de type capitaliste. L’essentiel du budget agricole, déjà souvent faible en comparaison d’autres postes budgétaires (éducation, santé, etc.), est destiné à soutenir des agricultures de type capitaliste, qui renvoient de façon schématique à de grandes exploitations nécessitant des capitaux importants. En matière d’accès au crédit ou au foncier par exemple, les décisions politiques tendent à privilégier de manière systématique ces dernières.

Si elle a longtemps souffert d’une image négative aux yeux des décideurs politiques du Sud, l'agriculture familiale est pourtant désormais reconsidérée car plus productive à l'hectare, plus intensive en  main d'oeuvre et résistantes face aux aléas climatiques. Elle a un rôle énorme à jouer dans la réduction de la pauvreté et de la faim. Mais ce changement de perspective peine à être traduit en pratique dans les politiques publiques. La marginalisation des petits producteurs et l'exode rural sont toujours d'actualité.

Droit à l'alimentation

Dans certaines circonstances, les Etats ont l’obligation de fournir la nourriture à ceux qui en ont besoin. Mais le droit à l’alimentation n’est pas essentiellement le fait d’être nourri. C’est aussi la garantie du droit à se nourrir, qui ne requiert pas seulement que la nourriture soit disponible, mais aussi qu’elle soit accessible – par exemple, que chaque ménage ait les moyens de produire sa propre alimentation ou que son pouvoir d’achat soit suffisant pour se procurer la nourriture dont il a besoin. Le droit à l’alimentation impose à tous les Etats des obligations non seulement envers les personnes vivant sur leur territoire national, mais aussi envers les populations d’autres Etats.

En effet, le droit à l’alimentation ne peut être réalisé complètement que lorsque les obligations tant nationales qu’internationales sont respectées : les efforts nationaux n’auront souvent qu’un impact limité dans la lutte contre la malnutrition et l’insécurité alimentaire si l’environnement international, comprenant non seulement l’aide et la coopération au développement, mais également le commerce et les régimes d’investissements ou les efforts visant à s’attaquer au changement climatique sur le plan mondial, ne les facilite pas et ne les reconnaît pas.

Le droit à l'alimentation astreint les Etats à mener des politiques cohérentes avec la lutte contre la faim.


Les paradoxes de la faim

La faim n’est pas une fatalité. La production d’aliments a été multipliée par trois depuis les années 1970, tandis que la population mondiale n’a fait que doubler. Mais le déséquilibre des rapports sociaux laisse une large partie de la population dans une situation de pauvreté, allant jusqu’à la privation de nourriture (un seul repas par jour, voire pas du tout).

« La faim est un problème politique et non technique », Jacques Diouf, directeur de la FAO

« Les émeutes de la faim en 2008 ne sont pas tant une crise des prix qu’une crise de la pauvreté », Nicolas Bricas, chercheur au CIRAD

Ce constat est déterminant pour comprendre les paradoxes de la faim :

- près d’1 milliard de personnes souffrent de la faim alors que la terre dispose jusqu’à maintenant de suffisamment de ressources,

- 75 % des personnes souffrant de la faim sont les paysans eux-mêmes et leurs familles,

Le programme d’échange d’expériences sur les méthodes d’exigibilité des droits économiques, sociaux et culturels (programme «agir pour les DESC»), a été piloté par Terre des Hommes France.

Il rapporte les expériences d’acteurs aux pratiques, aux cultures et aux histoires diverses, luttant pour le respect de leurs droits au logement, à la terre et à l’alimentation notamment au Brésil, au Cameroun, en Inde, au Mexique, aux Philippines ou au Sénégal.

Il a pour vocation de fournir un certain nombre d’outils à la société civile pour lui permettre d’exiger le respect de ses droits et d’obtenir satisfaction. Les droits au logement, à la terre et à l’alimentation sont une illustration ; les méthodes évoquées ici peuvent bien entendu être reprises pour des violations d’autres droits.

Rôle de la société civile

Le combat contre la faim et la malnutrition est avant tout une question de capacité d'organisation et d'information des populations à réclamer leurs droits - le droit à l'alimentation - et à obliger les gouvernements à rendre des comptes. Tant que les populations pauvres seront considérées comme des bénéficiaires passifs de l’aide internationale, il n’y aura pas de changement durable de leur situation.

La capacité des populations à s'informer, dialoguer, se mobiliser pour construire une voix collective autour d'un territoire, d'une filière ou toute question socio-économique est primordiale. Plus cette voix collective sera crédible, plus la concertation avec les pouvoirs publics sera efficace et les conditions de vie de ces populations améliorées.

Dans le champ de la coopération, il s’agit d’encourager le développement de nouvelles pratiques axées sur l’accompagnement des organisations de la société civile (OSC), et d’identifier des enjeux partagés entre sociétés civiles « du Nord et du Sud », pour construire des temps d’échange et de plaidoyer.

Porter le changement ici et là-bas, est une ligne de force qui doit rassembler une pluralité d’acteurs. Fédérations, réseaux, associations, ONG d’appui, de développement, syndicats, et collectivités territoriales se mobilisent dans le respect du rôle de chacun, dans un esprit d’alliance et de confrontation des pratiques, pour parvenir à un réel respect des droits fondamentaux.

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Le combat contre la faim et la malnutrition est avant tout une question de capacité d'organisation et d'information des populations à réclamer leurs droits - le droit à l'alimentation - et à obliger les gouvernements à rendre des comptes. Tant que les populations pauvres seront considérées comme des bénéficiaires passifs de l’aide internationale, il n’y aura pas de changement durable de leur situation.

La capacité des populations à s'informer, dialoguer, se mobiliser pour construire une voix collective autour d'un territoire, d'une filière ou toute question socio-économique est primordiale. Plus cette voix collective sera crédible, plus la concertation avec les pouvoirs publics sera efficace et les conditions de vie de ces populations améliorées.

Dans le champ de la coopération, il s’agit d’encourager le développement de nouvelles pratiques axées sur l’accompagnement des organisations de la société civile (OSC), et d’identifier des enjeux partagés entre sociétés civiles « du Nord et du Sud », pour construire des temps d’échange et de plaidoyer.

Porter le changement ici et là-bas, est une ligne de force qui doit rassembler une pluralité d’acteurs. Fédérations, réseaux, associations, ONG d’appui, de développement, syndicats, et collectivités territoriales se mobilisent dans le respect du rôle de chacun, dans un esprit d’alliance et de confrontation des pratiques, pour parvenir à un réel respect des droits fondamentaux.

Nourrir le monde

Notre planète alimentaire ne tourne pas rond.

D'un côté, l'abondance a donné lieu à de nouvelles pathologies (obésité, diabète,…).

De l'autre, les émeutes de la faim en 2008 nous ont montré la vulnérabilité extrême de notre modèle agricole et alimentaire. Aujourd'hui, le problème n’est pas tant le manque de nourriture que l’impossibilité d'obtenir cette nourriture. Jamais dans l’histoire autant d’aliments n’ont été produits.  Mais pour les milliards de personnes qui, dans les pays du Sud, dépensent entre 50 % et 60 % de leur revenu (et même 80 % dans les pays les plus pauvres) pour acheter leur nourriture, la hausse du prix des denrées alimentaires les a rendu inaccessibles.

La fragilité de ces populations peut les faire basculer dans une famine si d'autres facteurs comme une longue sécheresse ou un conflit armé surviennent comme en Somalie.

Malgré des prévisions favorables de production agricole dans les années à venir, la FAO estime que les prix resteront élevés et qu’en conséquence la majorité des pays pauvres continuera à souffrir des effets de la crise alimentaire.

Dans ce contexte, les défis à relever dans le futur sont immenses. Comment nourrir les 9 milliards d'individus qui peupleront la planète en 2050 ? Les ressources naturelles disponibles pour la production alimentaires ne sont pas extensibles à l'infini. A l'avenir, les tensions sur l'utilisation des terres, de l'eau, de la biomasse risquent d'être fortes, avec en parallèle une standardisation des régimes alimentaires entraînant une consommation de plus en plus riches en protéines animales (viande et lait) décuplant les besoins en céréales pour l'alimentation des animaux.

Pour comprendre les rapports de force qui façonnent notre planète alimentaire, il faut analyser le rôle des différentes institutions et acteurs économiques mais aussi celui des consommateurs que nous sommes. Car nos goûts et nos pratiques alimentaires ne sont pas sans incidence.


La fragilité de ces populations peut les faire basculer dans une famine si d'autres facteurs comme une longue sécheresse ou un conflit armé surviennent comme en Somalie.

Malgré des prévisions favorables de production agricole dans les années à venir, la FAO estime que les prix resteront élevés et qu’en conséquence la majorité des pays pauvres continuera à souffrir des effets de la crise alimentaire.

Dans ce contexte, les défis à relever dans le futur sont immenses. Comment nourrir les 9 milliards d'individus qui peupleront la planète en 2050 ? Les ressources naturelles disponibles pour la production alimentaires ne sont pas extensibles à l'infini. A l'avenir, les tensions sur l'utilisation des terres, de l'eau, de la biomasse risquent d'être fortes, avec en parallèle une standardisation des régimes alimentaires entraînant une consommation de plus en plus riches en protéines animales (viande et lait) décuplant les besoins en céréales pour l'alimentation des animaux.

Pour comprendre les rapports de force qui façonnent notre planète alimentaire, il faut analyser le rôle des différentes institutions et acteurs économiques mais aussi celui des consommateurs que nous sommes. Car nos goûts et nos pratiques alimentaires ne sont pas sans incidence.

Droit à l'alimentation et politiques publiques

La crise alimentaire mondiale est avant tout une violation d'un droit de l'Homme, le droit à l'alimentation. Le droit à l'alimentation stipule que chaque être humain a le droit d'accéder aux moyens de produire de la nourriture ou d'avoir les revenus permettant d'acheter une nourriture adéquate.

Pour garantir ce droit, les Etats doivent permettre la relocalisation des productions agricole, car la libéralisation des échanges prônée par les institutions internationales s'est traduite par une hausse des importations alimentaires dans les pays les plus pauvres. La petite paysannerie a souffert de la concurrence des producteurs du Nord, non seulement infiniment plus productifs mais aussi largement subventionés. Nombre d'experts appellent depuis des années à des politiques agricoles ambitieuses, sur le modèle de ce que l'Europe a fait dans les années 60 avec le PAC, instaurant une protection aux frontières et garantissant aux producteurs des prix rémunérateurs. Cette politique doit s'accompagner d'un appui à la petite agriculture familiale, source d'emplois directs et indirects pour une immense partie de la population dans les pays en développement, en particulier en leur garantissant l'accès à la terre et au crédit.

Les pays développés ont l'obligation d'accompagner cette évolution, même si elle se traduit pour eux par des pertes de débouchés ou par une limitation des ressources à capter (agrocarburants, protéines végétales...).  Pour le moment, leurs politiques de coopération soutiennent, bien que de manière insuffisante, les investissements agricoles, mais ils imposent aux Etats du Sud des accords commerciaux pour abolir leurs protections douanières. Le recul de  la faim passe par la cohérence des politiques ici et là-bas avec le droit à l'alimentation.

Ressources naturelles et agroécologie

La faim étant une manifestation de l’extrême pauvreté, il est urgent de développer des systèmes de production qui restaurent les valeurs de respect et de dignité de ces populations aujourd’hui marginalisées, tout en préservant les ressources naturelles. A cela s’ajoute un défi d’efficacité car, selon les projections démographiques, nous serons 9 milliards d’humains en 2050, les pays connaissant la plus forte croissance étant aussi ceux dont les contextes socio-économiques sont les plus précaires. C’est ce triple constat qui explique le mouvement actuel en faveur de pratiques culturales dites agroécologiques.

L'agroécologie combine des réponses d'ordre technique permettant de concilier productivité, faible pression sur l'environnement, gestion durable des ressources naturelles et autonomie du paysan. Tout est ici question d'équilibre entre l'Homme, ses activités agricoles et la nature.

Les acteurs de terrain, organisations paysannes et associations de solidarité, confrontés à la fragilité des résultats des pratiques techniques classiques (augmentation des coûts de production, dépendance aux intrants chimiques importés, menaces sanitaires et environnementales) ont  depuis longtemps promu les pratiques agroécologiques. Ces pratiques rencontrent aujourd’hui de plus en plus de soutiens au sein des gouvernements, des grandes institutions (FAO, Banque mondiale) et des instituts de recherche agronomique.

Pour satisfaire les besoins de l’humanité en 2050, peu d'experts estiment en effet possible une forte extension de l'espace cultivé ou un prolongement de de ce que l'on a appelé la Révolution Verte. Au Nord comme au Sud, avec l'emploi massif des intrants chimiques, le potentiel des variétés à haut rendement tend aujourd'hui à être atteint : les hausses de la production à l'hectare plafonnent et n'excèdent nulle part 1 % par an. En raison des dégradations de l'environnement, les rendements peuvent même régresser. "La plupart des systèmes de production agricole compromettent la capacité de la Terre à produire suffisamment de nourriture dans le futur", avertit le Standing Comittee on Agricultural Research (SCAR).

Pour Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, « les preuves scientifiques actuelles démontrent que les méthodes agroécologiques sont plus efficaces que le recours aux engrais chimiques pour stimuler la production alimentaire dans les régions difficiles où se concentre la faim. » Comparant les résultats de 286 projets récents d'agriculture durable dans 57 pays pauvres, une équipe de l'université d'Essex, au Royaume-Uni, a constaté que l'agroécologie avait entraîné une augmentation moyenne des récoltes de 79 %.

L'inflexion du discours des bailleurs de fonds et de la communauté scientifique se traduira-t-elle par des soutiens concrets ?



 « Le paysan meurt de faim et son maître de gourmandise. »

 « Le berger avec ses moutons a l'air d'une église avec son village. »


Année internationale de l’agriculture familiale : trois questions à Laura Lorenzo et José Antonio Osaba, Forum rural mondial

Cette interview a été réalisée par le Gret et publiée dans la newsletter du Rosa n°46, septembre 2013.

Le Forum rural mondial a travaillé activement à la promotion de l’idée d’une année internationale de l’agriculture familiale (AIAF). Laura Lorenzo et José Antonio Osaba, coordinateurs de la campagne au sein du FRM, reviennent sur les principales étapes de la campagne et expliquent les enjeux de l’AIAF.

D’où vient le projet d’année internationale pour l’agriculture familiale ? Quelle est la spécificité de cette initiative par rapport à celles déjà exis-tantes dans le domaine ?

Le Forum rural mondial (FRM), dès son origine, a suivi de près les politiques liées à l’agriculture familiale à travers la participation à différents évènements, des publica-tions, des initiatives de plaidoyer, etc. Néanmoins, nous avons remarqué l’absence d’un évènement marquant au niveau international qui créerait un vrai réel élan en fa-veur de l’agriculture familiale. Fin 2007, le FRM est parvenu à l’idée de promouvoir l’agriculture familiale à travers une année internationale proclamée par l’ONU. La meilleure occasion pour faire con-naître cette proposition largement a été la célébration du 2nd Forum paysan à Rome en février 2008. Cette réunion, organisée par le FIDA a réuni des organisations pay-sannes du monde entier. A partir de là, le FRM a coordonné une campagne de 3 ans pour promouvoir l’AIAF. Cette campagne importante a impliqué de nom-breuses organisations (agricoles, ONG, académique, de recherche, etc.), des gouvernements et des institutions internationales. Ce large soutien a permis que la proposition soit adoptée à l’unanimité lors de la conférence de la FAO de juin-juillet 2011. Puis l’Assemblée Générale des nations-unies a donné son accord à l’AIAF-2014 le 22 décembre 2011. Un élément remarquable de l’AIAF-2014 est qu’il s’agit de la pre-mière fois qu’une année internationale des nations-unies est issue d’une initiative de la société civile. L’objectif de l’AIAF-2014 est aus-si d’aller au-delà de l’habituelle de promotion d’un sujet. Nous sou-haitons que cette initiative puisse faire émerger des politiques plus favorables aux petits agriculteurs familiaux, selon les différentes formes rencontrées sur les 5 continents. Nous considérons que l’agriculture familiale est bien plus qu’un modèle d’économie agraire. C’est le socle d’une production agricole et alimentaire durable, et une condition nécessaire pour progresser vers la sécurité et la souveraineté alimentaires et la ges-tion durable des ressources naturelles terrestres et maritimes. L’agriculture familiale est aussi la fondation de dimensions culturelles importantes dans la plupart des pays et, en définitive un pilier fondamental du développement, bien au-delà des 1,5 milliard de personnes impliquées directement dans cette activité.

Maintenant que l’AIAF-2014 a été adoptée par les institutions internatio-nales, comment garantir que les organisations paysannes et les sociétés civiles restent au coeur de l’initiative ?

Durant la campagne, l’implication de ces acteurs dans l’organisation de l’AIAF a été largement discutée. Toutes les parties prenantes, notamment les institutions internatio-nales et les gouvernements, se sont mises d’accord sur un cadre articulé à 2 niveaux qui permette la plus large participation et la bonne coordination des actions organisées dans le cadre de l’AIAF-2014.

Au niveau national, les Comités Nationaux sont l’organe principal de coordination pour la société civile et les organisations paysannes. Le FRM est le résultat du Congrès international sur le commerce et le développement rural qui s’est tenu en Novembre 1988 à Vitoria (Espagne). Il devint un forum de rencontre, d’analyse et d’observation du dévelop-pement rural. Il a développé des partenariats avec des université et des centres de recherche, des organisa-tions paysannes et des ONG. www.ruralforum.net et www.familyfarmingcampaign.net

Afin de permettre la collaboration entre les différents comité nationaux, un second niveau de coordination est prévu aux échelles régionale, continentale et internationale. Au niveau régional, lorsqu’elles sont présentes, les fédérations d’organisations pay-sannes coordonnent les activités liées à l’AIAF en matière de dialogue politique et de promotion du rôle des agricultures familiales afin d’augmenter les investissements pu-blics. Au niveau international, un comité consultatif rassemble les principaux acteurs nationaux et régionaux de la société civile et des organisations paysannes impliqués dans l’initiative. Le FRM assure le secrétariat de ce comité. Son action se concentre principalement sur la communication et le plaidoyer politique.

Le FRM participe aussi au comité de pilotage international de l’AIAF-2014 créé par la FAO. Ce comité de pilotage comprend 12 gouvernements représentant les différentes régions, la Commission européenne, 4 agences internationales (FAO, FIDA, PAM, Bio-diversity), la Via Campesina et l’Organisation mondiale des agriculteurs. Ce comité a pour rôle de planifier les évènements principaux et les études qui auront lieu dans le cadre de l’AIAF-2014.

Pouvez-vous présenter les principaux évènements qui auront lieu en 2014 ? Quels résultats attendez-vous de l’AIAF-2014 ?

Il y a un programme officiel qui est développé par la FAO auquel le FRM et les organi-sations paysannes ont contribué. Il inclut un large panel d’évènements (dialogues ré-gionaux, conférences internationales) et des études commandées par le comité de pilotage. L’AIAF-2014 sera officiellement lancée depuis le siège de l’ONU le 2 no-vembre. En 2014, parmi différents évènements (voir encadré 2), le FRM organise une grande conférence internationale à Bilbao (Espagne) en octobre. Néanmoins, nous devons insister sur le fait que l’essentiel de l’action autour de l’AIAF-2014 va se dérou-ler au niveau national, là où les défis sont les plus importants pour promouvoir des poli-tiques de soutien à l’agriculture familiale.

Les résultats attendus sont liés aux changements des agendas politiques des gouver-nements nationaux et régionaux et des insti-tutions internationales sur l’importance de l’agriculture familiale pour contribuer à la sécurité alimentaire et à l’amélioration des moyens d’existence. Les efforts collectifs doivent être réunis dans cette direction. Un autre enjeu important est la reconnaissance du statut spécifique des femmes en milieu rural. La meilleure reconnaissance sociale et politique des agriculteurs et des pêcheurs traditionnels est aussi un résultat attendu de cette initiative.

Encadré : Fonctionnement d’un comité national

Il s’agit d’un groupe d’organisations de la société civile – organisations agricoles, paysannes, rurales, ONG, – qui décident de se rassembler pour impulser l’AIAF-2014 et ses idées dans chaque pays. Suivant les pays la composition des comités varie largement : le leadership peut être assuré par des organisations paysannes (par exemple la Confédération paysanne du Faso au Burkina), des ONG (4 ONG en Equateur), des instituts de formation (INADES en Côte d’Ivoire), le mouvement Slow Food en Italie, etc. Le principe est de regrouper toutes les organisations qui souhaitent s’impliquer sur le sujet, qu’elles soient à l’origine de la campagne ou bien qu’elles rejoignent l’initiative en chemin. La définition des objectifs et des activités est laissée au soin de chaque comité tout en respectant le cadre général de l’AIAF. L’idée est que les comités puissent peser au niveau national sur les politiques et réglementations qui affec-tent les agriculteurs familiaux. Les liens avec les acteurs gouvernementaux sont donc encouragés afin de faire évoluer les positions dans les différents pays. De même la FAO a reçu de l’ONU le mandat d’organiser l’AIAF et les bureaux de chaque pays sont donc invités à participer à l’effort de coordination et d’animation. Au mois d’août 2013, 25 comités nationaux étaient déjà formés, essentiellement en Afrique et en Amérique latine. En Asie, l’Inde et le Népal ont formalisé des comités, ainsi que 5 pays d’Europe (Italie, France, Bel-gique, Suisse et Slovaquie).

 





Photo : Agence France-Presse Noah Seelam Environ 70 % de la production mondiale de riz est faite par des paysans qui cultivent moins d’un hectare par année.

  « J'aime les paysans, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers. »

  « On ne met pas les vaches dans tous les parcs que l'esprit construit. »


L’Union des producteurs agricoles (UPA) s’applique depuis plus de 20 ans à coopérer avec des organisations paysannes disséminées à travers le monde. Forte de ses valeurs et de son expertise, elle a signé en octobre 2012 une entente avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En vertu du document paraphé, l’UPA et la FAO mèneront des actions concertées pour favoriser le maintien et la croissance de l’agriculture familiale.

André D. Beaudoin, le secrétaire général au développement international de l’UPA, définit ce type de pratique par opposition à une agriculture industrielle : « Elle sert à la famille ou à ses membres, qui sont les principaux exploitants de la ferme, à assumer le travail d’exploitation de celle-ci, à posséder les éléments nécessaires pour assurer la gestion de l’entreprise et à contrôler son capital. De la sorte, la famille est en mesure d’assurer, entre autres, la transmission du patrimoine familiale et d’accomplir les fonctions de gestion de la production technoéconomique de l’exploitation. »

Cette forme d’agriculture demeure à ce jour la plus présente à travers le monde, malgré la croyance populaire : « Il faut savoir que la denrée alimentaire la plus importante, c’est toujours le riz : 70 % de sa production mondiale est faite par des paysans qui cultivent moins d’un hectare par année. Il est donc faux d’affirmer que l’agriculture familiale n’est pas en mesure de jouer un rôle important pour assurer la sécurité alimentaire mondiale au cours des prochaines décennies. D’ailleurs, la production qui a le plus progressé en pourcentage sur le plan des volumes est toujours celle du riz, qui incombe aux petits exploitants. »

Faux pas

M. Beaudoin situe l’entente signée entre l’UPA et la FAO dans le contexte économique actuel. « Dans le fond, le courant néolibéral a été poussé en matière alimentaire par l’idée que la libéralisation des marchés, l’abaissement des barrières tarifaires et le moins d’entraves possible au commerce des denrées devaient nous assurer une sécurité alimentaire accrue à l’échelle mondiale. Pour ce faire, sans le dire mais en pratiquant des politiques qui favorisent la grande entreprise, on a peu à peu délaissé le concept d’agriculture familiale, comme en témoigne notamment l’attribution de l’aide dans le domaine de la coopération internationale : on est passé d’un montant qui était d’à peu près 20 % des enveloppes à moins de 5 % au creux de cette vague. »

Pendant une période de 15 à 20 ans, le secteur économique a roulé sa bosse sur cette prémisse que vient d’énoncer le secrétaire général : « En 2007, la Banque mondiale a sorti un rapport thématique sur l’agriculture où, pour la première fois, elle faisait amende honorable en reconnaissant que la meilleure façon d’assurer une croissance économique et l’instrument le plus porteur pour réduire rapidement la pauvreté demeuraient l’agriculture ; d’où la nécessité de revenir à un soutien de l’agriculture familiale. Tel a été l’élément déclencheur qui a servi à tout le monde pour prendre conscience qu’on était peut-être allés trop loin dans ce virage-là. »

En 2008, le très sévère repli économique entraîne une crise alimentaire majeure.

Producteur de carrière, le secrétaire général propose de regarder le problème en face et de dire les choses telles qu’elles sont : « Cette crise ne résulte pas d’un manque de denrées, mais d’une flambée des prix qui était poussée essentiellement par de la spéculation boursière classique, mais aussi par de la spéculation étatique, lorsque certains pays ont bloqué leurs frontières de peur de subir eux-mêmes cette pression des prix. Il s’est agi là du deuxième élément déclencheur qui a fait prendre conscience à tout le monde que le beau modèle néolibéral ne donnait pas les fruits escomptés durant cette première grande crise importante. Au contraire, il s’est créé une dynamique de tensions comme on n’en avait pas connu depuis une cinquantaine d’années. »

Le temps de l’engagement est venu

Durant cette sombre période, le Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM) fait face un problème de taille : il doit nourrir, alors qu’il dispose de moyens financiers moindres, une partie plus importante de la population de la planète. En effet, on est passé de 750 millions d’êtres humains souffrant de malnutrition à plus d’un milliard. L’organisme part alors en tournée dans plusieurs pays en développement, à la recherche de mécanismes susceptibles d’atténuer les dégâts et d’approvisionner en denrées certaines régions de proximité. À cette occasion, il fait la découverte de deux organisations que l’UPA Développement international a contribué à mettre au monde et qu’elle soutient depuis 20 ans, l’une située au Burkina Faso et l’autre au Mali : il s’agit de regroupements de producteurs agricoles s’occupant de la mise en marché collective de céréales.

André D. Beaudoin rapporte la suite des choses en précisant que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en raison des pressions planétaires qui s’accentuent, décide de se frotter à son tour à toute cette problématique en venant appuyer le PAM et en se lançant dans la promotion de l’Année internationale de l’agriculture familiale, qui aura lieu en 2014 : « Dans leur réflexion et en tenant compte de tous les éléments en place, ces gens en sont arrivés à la conclusion que, pour qu’existe une agriculture pérenne, il faut des organisations professionnelles capables d’offrir des services de pointe pour répondre, entre autres, aux exigences du marché. »

La FAO identifie l’UPA comme l’une de celles-ci : « On n’est pas la seule, mais, en Amérique du Nord, on peut affirmer qu’on est vraiment capables d’intervenir sur les marchés à partir du Québec et qu’on soutient en coopération des organisations dans des pays en développement ; la FAO a été séduite par l’idée de signer une entente de collaboration avec l’UPA et l’UPA DI [UPA Développement international]. »

Tel a été le long et fructueux cheminement conduisant à cet accord. Il reste à passer à l’action pour en tirer profit, notamment sur le plan de la biodiversité, comme le laisse entendre M. Beaudoin : « Une biodiversité économique et agroalimentaire, ça veut dire que le monde entier a besoin de l’ensemble des agricultures sur Terre, si on veut être capables de répondre aux besoins de sécurité alimentaire mondiale dans les prochaines décennies et dans les prochains siècles. On ne peut pas se permettre de concentrer la production, comme on le fait actuellement, car à la longue, c’est jouer à la roulette russe. »






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