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Tony
Roman nous quitte à l'âge de 64 ans
Le
8 juin 2007 AgenceNews
L'ex-chanteur et producteur Tony Roman, vedette de l'époque yé-yé grâce à sa version de «Do Wha Diddy Diddy», est décédée vendredi matin à l'hôpital Saint-Luc des suites d'un cancer du foie. Il avait 64 ans.
L'homme, qui a ensuite fondé Canusa, sa propre maison de disques, a enregistré des albums pour plusieurs artistes dont Nanette Workman, Patrick Zabé, Johnny Farago et Les Baronets.
Depuis
les années 70, il se consacrait notamment au cinéma. Il a
notamment écrit la base du scénario du film «Camping
sauvage» en plus de coproduire le projet avec Guy Lepage.
De
nombreux artistes font leurs adieux à Tony Roman mort à 64
ans
Ironique
: il souhaitait depuis un an de monter un concert bénéfice
pour son ami George Thurston. Mais la maladie, foudroyante, ne lui en a
pas laissé le temps. C’est finalement lui qui a plié l’échine.
Il
peut partir l’âme en paix. Car Tony Roman, plus que n’importe qui,
peut prétendre avoir vécu sa vie. Sinon l’équivalent
de trois vies… Du rock’n’roll au disco, du yéyé au punk,
du psychédélisme à la chanson québécoise,
de la pop music au grand écran, il fut bien plus qu'un l'homme d'un
seul succès. Cet artiste/businessman éclectique a surfé
sur les modes et les époques avec une fougue surprenante. Et si
ses projets ne se sont pas tous transformés en or, il aura mené
à terme de surprenantes productions.
Parmi
ses grandes réalisations, on note les hits Québécois
(La Révolution Française), Ani Kuni (Madeleine Chartrand)
ou C'est fou mais c'est tout (Les Baronets). C'est aussi lui qui, à
travers son étiquette Canusa, a lancé les carrières
de Johnny Farago et Patrick Zabé dans les années 60. Mais
sa plus belle prise fut sans doute Nanette Workman, qu'il a volée
aux Américains en 1965, donnant au Québec une de ses chanteuses
les plus durables.
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Biographie:
1942-2007
En
tant que chanteur, Tony Roman est passé dans le firmament du showbusiness
québécois tel une comète aux nombreuses retombées.
Son nom et les quelques images, miraculeusement conservées dans
de rares archives télévisées, qui le montrent gambadant
d'un bord à l'autre de la scène suffiraient déjà
à immortaliser l'élan et la fougue de l'ouragan yé-yé,
quelques mois à peine après les débuts de la beatlemanie
au Québec. Mais le pianiste-chanteur n'allait pas en rester là.
Moins de deux ans après avoir pris d'assaut la scène musicale,
Tony Roman fondait une des compagnies les plus dynamiques de la toute jeune
industrie du disque locale. Non seulement l'étiquette Canusa allait-elle
aligner les succès au palmarès pendant toute la seconde moitié
des années soixante, mais elle allait du même coup propulser
quelques carrières qui allaient marquer la décennie suivante:
Nanette (Workman), Patrick Zabé, Stéphane (Robert), Johnny
Farago, sans parler des futurs géants du management qu'allaient
devenir Guy Cloutier et René Angelil.
Encore
tout jeune, Antonio étudie le piano et forme son premier groupe
musical à 17 ans. Se produisant sous le nom de Tony et les Tip Tops,
il se familiarise avec la vie nocturne et devient bientôt l'accompagnateur
attitré des idoles de la jeunesse que sont Tony Massarelli et Donald
Lautrec. Déjà apprécié pour sa présence
scénique, il se sent également attiré par l'aspect
organisationnel du showbusiness et participe à la réalisation
d'enregistrements de certains jeunes artistes tels Denise Brousseau, Pière
Sénécal et les Baronets. Tout en apprenant les rudiments
de la production et de la mise en marché, il se produit lui-même
au cabaret et grave un premier album où il se fait l'émule
de celui qu'on surnomme Monsieur 100,000 volts, sur étiquette Trans-Canada:
"Hommage à Gilbert Bécaud".
Dès
les premières heures de la beatlemanie, fin 1963, il contribue à
faire connaître le quatuor britannique en incitant ses amis les Baronets
à graver leurs premières versions de ce répertoire
des plus attrayants. Au même moment, il interprète lui-même
sa propre version du grand succès des nouvelles idoles "Elle t'aime"
(She Loves You) avec l'aide des même Baronets qui y participent avec
un enthousiasme débordant. Un album est aussitôt mis en vente
sous le titre "Monsieur Yé Yé" où le nouvel enregistrement
côtoie quelques-unes des chansons de Bécaud en plus de ses
deux premiers 45 tours, gravés sans trop de succès au cours
des mois précédents. Le succès mitigé de cet
enregistrement, si on compare à ceux de ses camarades, ne laisse
aucun doute à son esprit. La jeunesse québécoise,
comme celle d'ailleurs, est déjà passée à une
nouvelle étape: désormais, la musique des jeunes, qu'on l'appelle
rock, pop ou yé-yé, est devenue une affaire de groupes! Tony
forme bientôt de nouveaux accompagnateurs et va présenter
son nouveau disque sous le vocable de Tony Roman et ses Dauphins.
Dès
le premier passage du groupe aux diverses émissions jeunesse, "Do
wha diddy diddy" a l'effet d'une bombe auprès des disquaires et
sur les nombreux palmarès. La chanson, un succès mineur des
Exciters, redevient bientôt un numéro un à l'échelle
mondiale, grâce à son interprétation par Manfred Mann,
une autre formation de la fameuse invasion britannique qui se fait toujours
plus imposante. Devenus une des têtes d'affiche de la nouvelle vague
et un des plus gros canons pour Jupiter, la nouvelle étiquette à
la mode du producteur Yvan Dufresne, Tony et ses Dauphins récidivent
et reprennent avec un résultat semblable le nouveau succès
de Manfred Mann "Sha la la". Fort de ces deux succès, Tony participe
à la nouvelle revue Yé-Yé 65, avec Jenny Rock, Michèle
Richard et Dany Aumont, et entreprend une tournée aux quatre coins
du Québec. Un court-métrage de Claude Fournier On sait où
entrer Tony, mais c'est les notes dont le titre inusité provient
d'une réplique de ses choristes Les soeurs Gallant, à propos
de l'exécution d'une partition, témoigne de cette tournée
typique. La carrière de Tony Roman comme chanteur est alors à
son sommet et relève pratiquement de l'hystérie juvénile.
Entre
deux séries de spectacles et les sessions d'enregistrements pour
d'autres artistes chez Laval Records, le trépidant chanteur trouve
quelques heures pour endisquer un nouveau microsillon où l'on retrouve,
outre ses deux grands succès, quelques clins d'oeil aux pionniers
du rock 'n roll: the Everly Brothers "Quand je t'embrasse" (Till I Kissed
You), Gene Vincent "Be Bop A Lula" et Ray Charles "Est-ce que tu le sais"
(What'd I Say), sans oublier les idoles du yé-yé français
comme Claude François "Du pain et du beurre" et Johnny Hallyday
"Le pénitencier". Quelques pièces originales, écrites
en collaboration avec les paroliers Gilles Brown et Hal Stanley y trouvent
également place, de même qu'une étonnante composition
du pianiste-chanteur "Crier, crier, crier" qui n'aurait pas détonné
chez les tenants du punk rock une douzaine d'années plus tard!
À
la grande surprise de ses fans, à l'été 1965, le chanteur
s'exile pendant plusieurs mois aux États-Unis avec l'intention de
tâter le pouls de la Grosse Pomme et de s'imprégner plus à
fond des nouveaux sons qui s'y développent. Il revient au Québec
la tête pleine d'idées et fonde la compagnie Canusa qui se
veut ouverte aux nouveaux talents dont évidemment sa découverte
personnelle, rencontrée lors de son séjour chez nos voisins
du sud, Nanette Workman qui se présente alors sous son simple prénom.
Tony lui-même grave de nouveaux succès sur cette étiquette,
parmi lesquels "Hanky Panky", un numéro un pour Tommy James and
the Shondells, à l'été 1966. Optant surtout pour les
styles soul et R&B qui font alors fureur dans les grandes villes américaines,
Tony grave les versions québécoises de "Mustang Sally" de
Wilson Pickett, "Hey Joe" un air très prisé sur la côte
ouest américaine et popularisé par le trio montant du Jimi
Hendrix Experience, "Niki Hoeky" de P.J. Proby, "Mercy, Mercy Mercy" du
jazzman Cannonball Adderly et plusieurs autres, seul ou en duo avec Nanette.
Cet attrait pour les musiques urbaines de l'époque ne l'empêche
pas de s'aventurer en terrain country avec "Tu peux t'en aller", version
d'un succès de George Jones (The Race Is On) et "C'est l'amour qui
nous a conduit à l'hôtel" (You Never Can Tell, de Chuck Berry).
Dans
le tourbillon d'influences et de trouvailles technologiques propre à
l'euphorie du mouvement pop, George Martin et les Beatles en tête,
le jeune producteur tente à son tour les expérimentations
sonores les plus osées, s'inspirant des collages en vogue et d'autres
génies du studio comme Phil Spector ou George "Shadow" Morton. Ces
expériences servent à certains artistes de la maison Canusa
comme les Hou-Lops, la Révolution Française ou le 25 Régiment,
mais font surtout l'objet d'albums spéciaux tels "Expérience
9" qui est avant tout l'oeuvre de Jean-Pierre Massiera et les "Reels psychadéliques"
qui n'auront qu'un succès d'estime mais ouvriront la porte à
de nombreuses réalisations. Sur son premier album personnel paru
sur Canusa, le producteur se réserve notamment l'adaptation d'un
projet que Shadow Morton avait d'abord offert aux Shangri-Las: "Passé,
Présent et Futur".
Étonnamment,
alors qu'il s'intéresse de plus en plus à l'exploration formelle,
Tony revient à des mélodies plus standard pour ses propres
enregistrements comme "Mame" ou "Les bicyclettes de Belsize". C'est aussi
le cas de plusieurs titres chantés avec Nanette: "Petit homme" et
"Les petites choses" entre autres, deux chansons empruntées au duo
Sonny and Cher ou encore le thème de leur émission hebdomadaire
de l'été 1968, "Fleurs d'amour et d'amitié" popularisé
par Johnny Hallyday.
En
plus des divisions Canusa et A1, Tony Roman et son équipe lancent,
à partir de 1969, les nouvelles étiquettes Révolution,
R&B et Visa. La fin de la décennie est marquée par un
ralentissement de sa production personnelle, au profit des carrières
des artistes qui occupent des positions de plus en plus centrales sur le
marché du disque comme Johnny Farago, Patrick Zabé et Stéphane.
Ses dernières présences au palmarès se font plus discrètes
et connaissent des ventes fort modestes. En 1971, la reprise d'une mélodie
d'Ennio Morricone tirée d'un film sur Sacco et Vanzetti et adaptée
au climat québécois "La ballade de Riel et Chénier"
devient son dernier succès radiophonique. Sa participation quelques
mois plus tard au film de Pierre Harel Bulldozer marque le début
d'une nouvelle ère pour ce singulier personnage. Désormais
le cinéma remplacera la musique à la fois comme discipline
artistique et comme secteur d'affaires. Ce long silence ne sera brisé
que par un bref intervalle en 1975, le temps d'une dernière série
de spectacles et d'un succès de juke-box pour "La grosse Mado".
Après avoir passé une quinzaine d'années en Californie,
il se joint à la maison de production Malo Film à son retour
au Québec. Après presque trente ans de silence, la récente
compilation de ses anciens enregistrements, parue à l'été
2000, permet aux nouvelles générations de garder mémoire
d'un des plus spectaculaires performeurs de cette époque lointaine.
Un
des derniers projets auquel il ait travaillé est la coscénarisation
de la comédie Camping sauvage, basée sur un synopsis de Tony
et réalisée par Guy A.Lepage, également l'un des comédiens
centraux du film. Il entreprend ensuite la production d'un docufiction
intitulé Trois québécoises à Vegas et devant
se dérouler dans l'entourage de Céline Dion, alors que la
chanteuse achève son séjour de plus de quatre ans au théâtre
Colosseum, attenant au Caesar's Palace. La production est en cours et les
tournages ont débuté lorsque le scénariste apprend
qu'il est atteint d'un cancer sévère au foi. Il s'éteint
le huit juin 2007, au moment où son succès de jeunesse, "Do
wha diddy diddy" vient d'être réactualisé par Antoine
Gratton sur un album rendant hommage à une quinzaine de "Chansons
à Gogo", époque dont Tony restera un des plus flamboyants
représentants.
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