"L‘ÉTOILE DE CE MOIS‘‘
‘‘Alys
Robi"
(née
le 3 février 1923 et décédé le 29 mai
2011)
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Par Serge Drouin | Agence QMI
La
colonie artistique n'a pas mis de temps à réagir à
l'annonce du décès d'Alys Robi, samedi. Tous s'accordent
pour dire que la petite Alice Robitaille était une femme de passion,
qui a eu le feu sacré de son métier jusqu'à la fin.
La
metteure en scène et comédienne Denise Filiatrault a bien
connu Alys Robi pour avoir écrit une télésérie
et un film sur la première grande star du Québec. «Alys
Robi a d'abord été une idole pour moi. Ç'a été
la Céline Dion de ma jeunesse», raconte Denise Filiatrault,
en entrevue.
Pour
Mme Filiatrault, Alys Robi «avait une forte personnalité».
«Elle
a été féministe avant sont temps. Elle savait ce qu'elle
voulait et prenait les moyens pour y arriver», raconte la populaire
metteure en scène qui a rencontré Lady Alys à plusieurs
reprises pour les besoins du film et de la télésérie.
«Nous
avons beaucoup discuté ensemble à ce moment-là. Elle
fabulait de temps à autre. Je pense qu'Alys racontait bien ce qu'elle
voulait. Elle a chanté de façon sublime et ce jusqu'à
la fin. C'était une femme intelligente», a dit Mme Filiatrault,
heureuse de témoigner de toute son affection, son admiration envers
Mme Robi.
Sur
la plate-forme Twitter, la fille de Mme Filiatrault, Danièle Lorain,
rappelle que le film réalisé par sa mère sur Alys
Robi, «Ma vie en cinémascope» est «un beau témoignage
de ce destin hors normes».
La
passion selon Alys
«J'ai
rarement vu une femme aussi passionnée», a souligné
Gilles Latulippe.
«Quand
elle est sortie de son séjour de l'hôpital Saint-Michel Archange,
où elle a quand même été internée pendant
5 ans, plusieurs avaient alors prédit la fin de sa carrière.
Pourtant, envers et contre tous, elle l'a poursuivie bien des années
plus tard. Elle a eu une belle carrière. Nous l'avons reçue
à plusieurs reprises au temps des Démons du Midi. Elle n'avait
pas toujours un bon caractère, mais on savait à quoi s'attendre
avec elle.»
«Elle
a chanté à plusieurs reprises au Théâtre des
Variétés, a-t-il poursuivi. Quand les lumières s'allumaient,
il n'y avait plus rien qui existait. Elle chantait comme pas une. Sur scène,
elle n'avait pas d'âge. C'était un grand personnage. Je suis
content de l'avoir connue et d'avoir travaillé avec elle.»
Des
larmes
«J'ai
pleuré en apprenant son décès. C'était une
femme exceptionnelle. Je retiens la passion qui l'habitait», a dit
d'entrée de jeu le journaliste et chroniqueur artistique Michel
Girouard qui a bien connu Alys Robi.
«Mon
chum Réjean Tremblay l'a accompagnée pendant 15 ans. Elle
venait répéter chez-nous. Elle est la première chanteuse
d'ici à avoir connu une carrière internationale. Certains
l'ont oublié, mais elle a chanté avec Frank Sinatra. C'est
une des chanteuses les plus émouvantes que j'ai entendues. Quand
elle chantait Un grand amour qui s'achève, une chanson d'Édith
Piaf, c'était très touchant.»
Richard
Abel a été le pianiste accompagnateur de la chanteuse pendant
quatre ans, entre 1980 et 1984. «Nous avons vécu des hauts
et des bas. C'était une grande chanteuse, mais elle avait tout un
tempérament. Je me rappelle l'avoir menacée de la sortir
de mon auto après une engueulade», raconte Abel.
«Je
l'ai vue il y a à peu près un mois lors d'une fête
organisée en son honneur. Je ne sais pas pourquoi, mais elle n'en
avait que pour moi ce soir-là. Lorsqu'elle a entendu ses chansons
en musique de fond, la flamme lui est revenue dans les yeux», ajoute
le musicien.
Une
vraie star
La
comédienne Joëlle Morin a personnifié Alys Robi dans
la série consacrée à la chanteuse. «Quand je
l'ai rencontrée; j'ai vu tout de suite ce que c'était une
vraie star. Elle avait en elle une espèce de force, dégageait
une telle énergie», a confié Joëlle Morin sur
les ondes de LCN. «Elle m'a toujours semblée très satisfaite
de mon interprétation dans la série», dit l'actrice.
«Je suis allée la voir il y a cinq semaines à sa résidence.
Elle m'avait demandé de lui apporter des fruits. J'ai trouvé
qu'elle avait beaucoup maigri. Ce n'est pas un bon signe chez les personnes
âgées.»
«J'étais
celui qui la faisait travailler. Elle rajeunissait sur scène, laissait
tomber sa canne et redevenait la star qu'elle avait été»,
a dit le journaliste-chanteur et comédien Roger Sylvain.
Jacqueline
Guy
«C'était
une femme formidable. Elle était heureuse lorsqu'elle était
sur une scène. Elle se donnait corps et âme. C'était
une merveilleuse femme», a mentionné pour sa part Jacqueline
Guay, amie de la chanteuse depuis 55 ans. Mme Guy allait voir la chanteuse
toutes les semaines à la résidence où elle demeurait.
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Vedette
internationale qui a connu la gloire dans les années 40, la Québécoise
Alys Robi n'est plus. Elle s'est éteinte à l'âge de
88 ans à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Née
Alice Robitaille dans un quartier populaire de Québec, elle commence
à cinq ans sa carrière de chanteuse.
Baptisée
la « Shirley Temple » canadienne par certains, elle devient
rapidement une vedette montréalaise aux côtés de Rose
Ouellette, dite la Poune.
Avec
ses succès latins, elle fait le tour du monde, parcourant les scènes
de Londres, Paris, New York et Los Angeles.
Mais
l'interprète de Tico-Tico a vu sa carrière interrompue à
l'âge de 25 ans par un accident d'auto aux États-Unis. S'ensuit
une sévère dépression qui l'a menée pendant
cinq ans et demi dans un hôpital psychiatrique, où elle a
subi une lobotomie. Du coup, ses espoirs hollywoodiens s'éteignent.
Cette
période sombre l'a profondément marquée.
Si
j'avais pu rester chez moi avec ma famille à Québec, ça
aurait été beaucoup mieux. Je m'ennuyais tellement de mes
parents, de ma famille et de ma ville natale. Ça aurait été
mieux.
—
Alys Robi
Avec
une carrière qui refuse de redémarrer - le public l'a dit
folle -, la chanteuse a ensuite consacré une bonne partie de sa
vie à la défense des droits des personnes atteintes de maladie
mentale.
Alys
Robi a, malgré les obstacles, poursuivi jusqu'à sa mort sa
passion pour la chanson.
La
Céline Dion de son époque
Denise
Filiatrault éprouvait beaucoup d'admiration et de respect pour Mme
Robi. Auteure et réalisatrice du film Ma vie en cinémascope,
qui détaille la vie de la chanteuse, Mme Filiatrault appréciait
particulièrement sa voix grave et son son très américain.
De
l'aveu de la metteure en scène, Alys Robi n'était pas très
facile d'approche, en raison de ses hauts et de ses bas.
«
Elle avait des hauts et des bas de caractère, de tempérament.
Tu ne savais jamais comment elle allait te prendre », a-t-elle expliqué
en entrevue à RDI.
Ami
de longue date de Mme Robi, Roger Sylvain a rappelé que la vedette
« était la Céline Dion de l'époque »,
« la star qui était partout, qui nous représentait
sur la scène internationale ». « Elle a vraiment été
la première star du Québec », a-t-il conclu.
Véritable
star nord-américaine après la Deuxième Guerre - 50
ans avant Céline Dion -, Alys Robi a trimballé ses rythmes
latins entre les États-Unis et le Canada, presque jusqu'à
Hollywood, avant que sa carrière ne vole en éclats à
cause de problèmes de santé mentale. Après avoir été
internée pendant cinq ans en institution psychiatrique, elle ne
sera plus jamais la même.
"Biographie"
Née
le 3 février 1923 dans le quartier ouvrier Saint-Sauveur, dans la
basse-ville de Québec, Alice Robitaille grandit auprès d'une
mère soliste à la chorale de l'église et d'un père
lutteur les fins de semaine dans les arénas. Son oncle Lucien, lui,
travaille dans un cirque, raconte-t-elle dans une biographie de Jean Beaunoyer
parue en 1994.
Elle
commence sa carrière de chanteuse à l'âge de quatre
ans, en présentant des tours de chants lors de galas de lutte auxquels
participe son père, pompier et lutteur, et des spectacles en plein
air sur les Plaines d'Abraham. En 1930, elle présente son premier
concert officiel au Théâtre Capitole à Québec,
dans la revue « Ten Nights in a Bar Room » et aux stations
de radio CHRC et CKCV. Elle gagne plusieurs concours d'amateurs et, parallèlement,
elle prend des leçons de chant, de danse et de comédie avec
divers professeurs, dont Jean Riddez (chanteur d'opéra, père
de Mia et Sita Riddez) à Montréal.
Première
carrière
En
1936, elle est engagée au Théâtre National, à
Montréal, dans la troupe de Rose Ouellette. Sous sa direction, elle
apprend le métier d'actrice pendant les 75 semaines que dure son
contrat extensionné. En 1937, elle chante à la station de
radio CKAC à l'émission « La Veillée du samedi
soir » aux côtés de vedettes comme Amanda Alarie et
Gratien Gélinas. Dans la troupe de Jean Grimaldi, elle côtoie
aussi les grands artistes burlesques de l'époque tels Juliette Petrie,
Manda Parent et Olivier Guimond (fils), avec qui elle a une longue relation.
Elle continue sa carrière dans les cabarets montréalais et
elle est remarquée à l'Esquire Club (en 1942) par le réalisateur
Morris Davis qui la présente aux chefs d'orchestre et arrangeurs
Lucio Agostini et Allan McIver: elle effectue régulièrement
aussi, avec eux, des performances radiophoniques, pendant lesquelles (inspirée
par Carmen Miranda, qu'elle a vue sur écran de cinéma) elle
se spécialise dans la musique latino-américaine, afin de
conquérir le Canada anglais…
C'est
durant la Seconde Guerre mondiale que la chanteuse Alys Robi grimpe les
échelons de la notoriété. En 1942, elle enregistre
Tico, tico, qui lui apporte un succès énorme. Toujours pendant
la guerre, elle anime une émission en français à la
radio, appelée Tambour battant, et effectue plusieurs tournées
dans les bases militaires canadiennes. Ayant une grande facilité
pour les langues, elle traduit plusieurs chansons, comme Adios muchachos,
Brésil, Je te tiens sur mon coeur et plusieurs autres. En 1945,
elle s'installe au Mexique durant quelques mois. Elle travaille avec Gabriel
Ruiz, célèbre compositeur. En 1944, ses cachets dépassent
2 000 dollars CAD par semaine (une fortune à l’époque, où
la plupart des travailleurs gagnent à peine cette somme en deux
ans). Elle en arrive à ses premiers enregistrements officiels pour
RCA Victor, le 13 décembre 1944 — c'est ce jour-là qu’elle
immortalise ses versions de Beguine (Beguin the Beguine), Amour (Amor)
et (encore) sa chanson emblématique, Tico-Tico.
Elle
chante à des émissions du réseau anglais de la SRC,
dont « Latin American Serenade » (de 1944 à 1948) et
l’émission « Sunday Night Show », à Toronto (où
elle réside alors).
En
1947, elle est connue à Paris, Londres, New York[9], Québec,
Montréal, Rio de Janeiro et Mexico. Pendant les années 1940,
elle enregistre plusieurs disques et chante dans les cabarets chics de
New York et, en 1947, va en Angleterre pour chanter sur le premier programme
régulier au monde, à la BBC. Après son séjour
à Londres, elle retourne à Hollywood.
Elle
est, chronologiquement, « la première chanteuse québécoise
(ou canadienne) de musique populaire » à mener une carrière
internationale — en faisant abstraction d'Emma Albani, chanteuse lyrique.
L'accident
En
1948, visant Hollywood, alors qu'elle avoisine Las Vegas, elle est victime
d'un grave accident de la route. Elle doit alors interrompre sa carrière
à la suite d'une dépression nerveuse, et d'une rupture amoureuse,
et se retrouver, à 25 ans, contre son gré, dans un hôpital
psychiatrique de Québec, l'Asile St-Michel-Archange (aujourd'hui
le Centre Hospitalier Robert-Giffard).
Elle
passe les cinq années suivantes dans cette institution. Elle y reçoit
des médicaments, des électrochocs et même une lobotomie,
intervention réservée aux maniaco-dépressifs, à
l'époque. En 1952, après avoir survécu à ces
traitements radicaux, Alys Robi est libérée et tente de reprendre
sa carrière, mais elle reçoit un accueil mitigé du
public, qui la croit à jamais affectée de maladie mentale.
Quant à devoir vivre indigente et n'être surtout dorénavant
qu'un « objet de curiosité », qu'« une star qui
aura ouvert le chemin aux autres», elle décide de se consacrer
à la défense des droits des malades mentaux. — Trente-trois
ans après sa libération, elle reçoit (en 1985) le
titre de Lady pour avoir dignement soutenu cette cause.
Seconde
carrière
Ce
n'est qu'à la fin des années 1970 que la chanteuse Alys regagne
sa célébrité par la chanson-hommage Alys en cinémascope
de Luc Plamondon, chanson interprétée par la chanteuse québécoise
Diane Dufresne. Le monde du cabaret québécois, en hommage,
donne alors le nom d'Alys à ses trophées annuels. Depuis
un passage à La Rose Rouge, un club gay de Montréal, à
la fin des années 1960, « la première dame de la chanson
retrouve un public qui fait d’elle une reine» : elle est relancée,
« récupérée dans les années soixante-dix
par le milieu gay qui la porte aux nues. »
En
1989, Alain Morisod lui offre un album et une chanson sur mesure : Laissez-moi
encore chanter, qui lui permettent de lancer véritablement une seconde
carrière.
Sa
vie est le sujet de plusieurs livres, de thèses universitaires,
d'une pièce de théâtre et, en 1995, d'une série
télévisée où le rôle d'Alys est confié
à la comédienne Joëlle Morin (devenue une amie) et l'interprétation
de ses chansons à Isabelle Boulay. Finalement, le film Ma vie en
cinémascope (2004), réalisé par Denise Filiatrault,
raconte la vie exceptionnelle (avec la comédienne Pascale Bussières)
de celle qui fut la « Céline Dion des années quarante».
Ce film et la chanson Alys en cinémascope « l'ont fait connaître
à la génération des petits-enfants de ses premiers
admirateurs. »
Femme
comblée et heureuse, elle donne des spectacles ici et là.
Elle participe à deux spectacles de la Fierté gaie de Québec
à l'été 2005, ainsi qu'à un immense spectacle
en février 2005 au bar gai Le Drague de Québec.
Elle
meurt à l'âge de 88 ans, le 28 mai 2011, à l'hôpital
Maisonneuve-Rosemont, à Montréal.
Discographie
Laissez-moi
encore chanter (1989)
Alys
Robi / La Collection Volume 1 et Alys Robi / La Collection Volume 2 (best-of,
1998)
Diva
/ Gala Records (2005)
Ses
plus grands succès
1944
Tico,
tico
Je
te tiens sur mon coeur
Beguine
Amour
Besame
Mucho
1945
Brésil
Rhum
et coca-cola
Adios
Muchachos
Chica
chica boom chic
Symphonie
1946
Mon
chant d’amour
Dans
un petit baiser
Jalousie
Chiapanecas
1947
J’entends
des rumeurs
Tout
simplement
1948
Mon
cœur n’appartient qu’à toi
J’ai
deux amours
Chi
baba Chi baba
La
danseuse est créole
Tchiou
tchiou
La
vie en rose
Prix
et distinctions
1944
: deux Trophées Laflèche de la meilleure chanteuse populaire
de l'année (francophone, anglophone)
1944
: Ambassadrice du bon Accord, titre décerné par l’Université
Laval, pour la bonne entente entre les francophones et anglophones du Canada
1945
: Trophée Beaver
1985
: Élisabeth II du Royaume-Uni l'honore du titre de Lady, la décorant
du Très vénérable ordre de Saint-Jean (Ordre de Malte),
pour sa contribution au domaine de la maladie mentale.
1992
: elle est une invitée d'honneur à la réouverture
du théâtre Capitole de Québec, le 21 novembre.
1995:
Joëlle Morin accompagne Madame Alys Robi sur la scène de la
11e édition des prix Gémeaux. Joëlle Morin interprète
le rôle de cette grande dame de la chanson dans la série télévisée
Alys Robi, rôle qui lui vaudra une nomination aux prix Gémeaux
1996.
Au
cinéma
Ma
vie en cinémascope, réalisé en 2004 par Denise Filiatrault,
qui met en scène Pascale Bussières dans le rôle d'Alys
Robi
|
Bibliographie
Alys
Robis, Alys Robi : ma carrière et ma vie - Enfin toute la vérité,
Montréal, Éditions Quebecor, coll. « Témoignage
», 1980, 155 p. (ISBN 2-8908-9052-X) .
Alys
Robi et Claude Leclerc (dir.), Un long cri dans la nuit : cinq années
à l'Asile (autobiographie), Montréal, Édimag, 2004
(1re éd. 1990), 150 p. (ISBN 2-8954-2143-9 et 978-2-8954-2143-6)
.
Robert
Giroux, Constance Havard et Rock La Palme, Le guide de la chanson québécoise
[avec index], Paris : Syros/Alternatives (ISBN 2-8673-8670-5); Montréal
: éd. Triptyque, coll. « Les guides culturels Syros »,
1996 (1re éd. 1991), 22 cm, 179 p. (ISBN 2-8903-1124-4) .
Robert
Thérien et Isabelle D'Amours, Dictionnaire de la musique populaire
au Québec 1955-1992, éd. Institut québécois
de recherche sur la culture (IQRC), 1992, xxv, 580 p. (ISBN 2-8922-4183-9)
.
*
Jean Beaunoyer, Fleur d'Alys, Montréal, Éditions Leméac,
coll. « Vies et mémoires », 1994, 22 cm, 257 p. (ISBN
2-7609-5133-2 et 978-2-7609-5133-4) .
Enfant
vedette
Ainsi, il est tout naturel que dès l'âge de quatre ans, elle s'échappe des genoux de son père et se précipite sur la scène du théâtre Princesse pour y danser un charleston. Le public est immédiatement conquis et la petite Robitaille obtient son premier engagement: danser les fins de semaine, sous la supervision de son père.
Après des cours de danse, de chant, de diction et de claquettes, Alice fait les théâtres Impérial et Capitole, les entractes de matchs de lutte de son père et le concours Les Jeunes Talents Catelli. À sept ans, on l'entend déjà de façon ponctuelle à la radio de CHRC.
Sous
la houlette de La Poune
En
1934, «La Poune» (Rose Ouellette), qui établit ses quartiers
d'hiver au théâtre Arlequin de Québec, remarque la
petite Alice et lui promet son aide si elle vient s'installer à
Montréal. L'année suivante, Alice, à 12 ans, fait
son baluchon et dit adieu à sa famille - elle a quatre frères
et soeurs.
Mme Ouellette, qui dirige le populaire théâtre National, l'engage dans ses revues et l'héberge chez elle: Alice Robitaille devient Alys Robi. Pendant trois ans, elle est de toutes les revues de La Poune et à 16 ans, elle participe à la tournée d'été de Jean Grimaldi. C'est là qu'elle rencontre le comique Olivier Guimond fils, premier grand amour de sa vie.
Vers
la fin des années 30, on l'entend à la radio de CKAC, on
la voit au théâtre National ou à l'American Grill,
et elle participe aux revues de Gratien Gélinas. Puis, soudain,
elle voit au cinéma la chanteuse «latine» Carmen Miranda:
ça y est, elle a trouvé son style, c'est ce qu'elle veut
faire.
Rythmes
latins
Alys
se met aussitôt à l'espagnol - elle avait déjà
appris l'anglais plus jeune - et se lance dans le répertoire sud-américain.
Le succès est fulgurant, avec des tubes comme Tico, Tico ou Besame
Mucho. «Le maire et la mafia, tout le monde était là
à ses pieds», chantera Diane Dufresne 40 ans plus tard.
Au même moment, début vingtaine, elle rencontre le deuxième grand amour de sa vie, Lucio Agostini, un chef d'orchestre, arrangeur et compositeur pour le cinéma. En 1944, elle ajoute New York, Londres et Paris à son trophée de chasse latino: premiers disques chez RCA Victor, radio de la BBC, cabarets et boîtes dans Paris occupé. L'année suivante, lasse des longs voyages en train, elle loue un avion «personnel» pour ses contrats en Amérique.
À la fin de la Guerre, elle fait des bouts d'essais aux studios MGM à Hollywood. En attendant les contrats, elle poursuit sans relâche une carrière dans les cabarets, sur disque et à la radio. Le 23 juillet 1947, elle est de la première émission de télévision du monde: Vive la Canadienne, à la BBC.
Sombre
épisode
Et
puis crac! C'est la cassure. En 1948, après une rupture amoureuse
et une fracture du crâne dans un accident de voiture à Hollywood,
on lui prescrit du «repos» à l'Institut (psychiatrique)
Albert-Prévost, puis à l'hôpital («asile»)
Saint-Michel-Archange. Elle n'a que 24 ans.
Internée pendant cinq ans, elle subira d'éprouvantes séances d'électrochocs et une lobotomie en 1950, dont elle fera le récit dans son livre Un long cri dans la nuit (1990).
À 29 ans, à sa sortie de l'hôpital, elle s'imposera un sevrage radical, sans assistance, à Québec. Puis, de retour à Montréal, elle vivotera de petites boîtes en cachets minables, jusqu'à un grand retour à l'ex-Faisan Doré: c'est la belle époque des Brazil, Begin the Begine, Tu ne peux pas t'figurer...
En
1953, elle se marie avec un employé des chemins de fer alcoolique
et violent; enceinte, elle fait une fausse couche - elle en restera stérile
- puis demande l'annulation du mariage en 1956. C'est à cette époque
qu'elle lance l'idée, à l'Union des artistes, de fonder une
maison pour les membres seuls et peu fortunés. Un «Chez-nous
des artistes» qui mettra 30 ans à se concrétiser, et
où elle habitera pendant neuf ans.
Retour
timide
En
cette fin des années 50, les cabarets où elle se produit
sont de plus en plus grands, la carrière va bon train, trop peut-être.
Fatiguée, Alys Robi va se reposer à Paris. À son retour,
cependant, le Québec a changé: le Mocambo et autres El Morocco
ont fait place à La Butte à Mathieu et aux Deux Pierrots.
RCA fera bien une compilation de ses grands succès dans les années 70, la télé l'invitera bien dans des variétés du midi, mais la reine du latin n'a plus sa place dans le showbizz québécois, qui la regarde de haut. En 1981, lors du grand spectacle de la Saint-Jean, elle fait toutefois un bref mais émouvant retour sur scène avec Diane Dufresne, où elle reprendra Tico, Tico.
Deux
ans auparavant, Diane Dufresne lui avait rendu un hommage en enregistrant
Alys en cinémascope sur l'album Strip Tease: «Tu voyais ta
vie. Comme un film en cinémascope. C'était toi la reine des
années quarante.»
Lady
Robi
En
1985, sans grande fortune - elle habite au «Chez-nous des artistes»
-, Alys Robi est anoblie par la reine Elisabeth II: on devrait maintenant
l'appeler Lady. En 1989, elle lance la bien-nommée Laissez-moi encore
chanter, composée pour elle par Alain Morrisod. Puis, en 1992, elle
est du spectacle d'ouverture du nouveau Capitole de Québec, où
elle avait commencé sa carrière quelques 65 ans plus tôt.
Une télésérie - à laquelle elle a collaboré
- est aussi présentée à la fin des années 90.
Mais l'arthrose et l'arthrite dont elle souffre l'empêcheront de
retrouver la scène - elle avait du mal à se tenir sur ses
jambes.
Dans
un entretien accordé en 2002 à Marie-Claude Lavallée,
sur RDI, Alys Robi dira qu'il y a deux personnes en elle: la femme et la
carrière. «Je ne peux pas inviter ma carrière à
souper ou à coucher dans mon lit», dira-t-elle.
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