"L‘ÉTOILE DE CE MOIS‘‘

‘‘La Bolduc"
(née le 4 juin 1894 et décédé le 20 février 1941)

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Biographie

La Bolduc
Madame Édouard Bolduc

La Bolduc (née Mary Rose Anna Travers le 4 juin 1894 à Newport (Gaspésie), Québec et morte à Montréal le 20 février 1941) est un auteur-compositeur-interprète québécois. Musicienne autodidacte, considérée comme la première « chansonnière » du Québec, elle connaît un succès phénoménal auprès du public québécois et la consécration par le biais du disque.
Madame Bolduc a donné à la chanson québécoise des années 1920-1930 un vent de fraîcheur: trouver les mots justes et l'humour nécessaire en plein coeur de la crise économique des années 1930, en racontant le quotidien des petites gens de la ville et des campagnes et ce, dans la langue du peuple, tant avec optimisme (Ça va venir, découragez-vous pas, Nos braves habitants) qu'avec ironie (Toujours l'R-100, Les médecins).

« Un lien de profonde identification survient entre un artiste et son public, lien essentiel à la base de tout succès populaire. »
    — Robert Léger, La chanson québécoise en question", 2003, Éditions Québec Amérique, p.29-30
Les auteurs antérieurs ou contemporains à l'oeuvre de Madame Bolduc (entre autres Roméo Beaudry, Ovila Légaré, Louis-Joseph Paradis, Paul Gury) écrivaient des textes intéressants et de bonne facture pour l'époque, mais doivent leur style à la chansonnette française du moment, quand ce ne sont purement et simplement des adaptations de chansons américaines. Sa "signature": les refrains de la plupart de ses chansons sont turlutés et les interludes musicaux sont ponctués à l'harmonica. La turlute, jeu de langue qui ponctue les mélodies et leur donne un rythme particulier, se retrouve dans plusieurs folklores (Irlandais, Écossais).

Les premières années
Mary Travers est née au sein d'une famille pauvre et grandit dans une famille catholique. La famine qui sévit en 1894 laissa des traces à travers la Gaspésie (Québec) causant ainsi la pauvreté dans plusieurs familles. Mary était l'une des six enfants de Lawrence Travers, de souche irlandaise, et d'Adéline Cyr, une québécoise. Leur maison abritait également les six autres enfants de Lawrence issus d'un premier mariage.
Le père de Mary épousa en premières noces Mary-Ann Murray également Irlandaise avec qui il eut six enfants, tous anglophones. Mary-Ann décéda peu de temps après l'accouchement de son dernier enfant. C'est le 26 janvier 1891 qu'il épousa la mère de Mary, Adéline Cyr. Ensemble, ils eurent plusieurs enfants: Edmond, Mary, Adéline, Agnès, Joseph-Claire morte à l'âge de 4 ans et Thomas.
Dans cette petite maison de campagne, comme dans la plupart des familles, les enfants allaient à l'école, apprenaient le catéchisme et aidaient leurs parents à accomplir les tâches domestiques. Mary, qui avait une grande capacité physique, aidait également son père à travailler dans la forêt. À travers ces promenades dans le bois, Mary développa un sens d'observation unique qu'elle utilisera plus tard dans ses chansons.
Les villageois isolés de Newport voyagaient rarement et connaissaient bien peu les grandes villes ou la musique moderne. Lawrence Travers était le premier et le seul professeur de musique de Mary. Il lui apprit à jouer des instruments de musique traditionnels que l'on retrouvaient dans beaucoup de foyers du Québec au tournant du XXe siècle, comme le violon, l'accordéon, l'harmonica, les cuillères et la guimbarde. Ils jouaient surtout des airs et des danses de folklore traditionnel comme les gigues, de mémoire et d'oreille, puisque la famille Travers ne possèdait ni tourne-disque, ni piano, ni musique en feuille.
Mary commença à l'âge de 12 ans à jouer dans les veillées et les mariages du village. Son répertoire se constituait de mélodies irlandaises provenant du côté paternel et d'airs folkloriques canadiens-français venant de sa mère, formant ainsi le style unique qui la rendra célèbre. À ce moment là, puisqu'elle était plutôt anglophone que francophone, elle aimait mieux jouer de la musique irlandaise. On la considérait alors une enfant prodige.
En 1907, elle quitta la Gaspésie pour venir s'installer avec sa demi-soeur, Mary-Ann à Montréal. À l'âge de 13 ans, elle devint une bonne pour une famille bourgeoise montréalaise afin de pouvoir aider ses parents qui vivaient dans la misère. Ce n'est qu'à l'âge de 16 ans, lorsqu'elle se trouva un emploi dans une usine, que la situation économique de ses parents commença à se replacer. De plus en plus, Mary aimait le mode de vie de la ville et souhaitait faire sa vie à Montréal.


La vie après le mariage
Les activités religieuses étaient très importantes pour Mary. Ces soirées lui permirent de rencontrer Edmond Bolduc, le frère d'Édouard, son futur époux, qui était ouvrier dans une usine et qui plus tard devint plombier. Ils s'épousèrent le 17 août 1914 et Mary prit le nom de Madame Édouard Bolduc. Ils s'installèrent à Montréal et Mary commença sa carrière de couturière. Mary eut de la difficulté avec ses grossesses, mais réussit à avoir deux premiers enfants, Denise et Lucienne.
Après un certain temps, lorsque les revenus n'étaient pas très élevés, la famille décida de déménager à Springfield, dans l'état du Massachusetts aux États-Unis. Étant donné que la situation ne s'améliorait pas, les Bolduc retournèrent à Montréal en 1922. Dans les quelques années qui suivirent, Mary donna naissance à deux autres enfants, Réal et Fernande.

Un avenir prospère
De retour à Montréal, comme elle était musicienne autodidacte, Mary recommença à jouer du violon, de l'harmonica, de l'accordéon et de la guimbarde dans des veillées de musiciens, sans toutefois envisager une réelle carrière de musicienne. Elle chantait et accompagnait dans les soirées musicales de la région afin d'aider sa famille et son époux à passer à travers la crise mais ne composait pas encore. On lui dit qu'elle était aussi bonne que l'harmoniciste Henri Lacroix.
Un jour, Mary apprit que le musicien qui jouait habituellement quelques fois par année dans les «Veillées du Bon Vieux Temps» instituées par Conrad Gauthier, était malade. On lui demanda alors de le remplacer jusqu'à ce qu'il soit mieux. Au début, elle accompagnait d'autres artistes tels le chanteur Ovila Légaré, Juliette Petrie et Alfred Montmarquette. C'est d'ailleurs au cours d'une de ces soirées qu'elle interpréta pour la première fois Y'a longtemps que je couche par terre. Elle fut grandement appréciée des auditeurs dans la foule. On lui réserva trois rappels. Elle est devenue par la suite une invitée régulière de ces soirées et on réclamait désormais Mme Bolduc pour ses chansons comiques. Les choses commençaient bien pour Mary, mais les profits n'étaient pas assez élevés pour nourrir une famille. Entre temps, elle recommença à faire de la couture.
Elle commença sa carrière professionnelle en 1927, durant ces soirées au Monument-National (boulevard Saint-Laurent, à Montréal). Le 25 novembre 1928, alors âgée de 34 ans, la dame se rendit de nouveau au Monument-National pour la Sainte-Catherine où elle participa à une émission de radio au poste CKAC. Tout se passa bien et Mary retourna chez elle. Un avenir prospère venait de commencer pour La Bolduc.
La vie d'artiste célèbre
À partir de ce moment, après l'émission de radio, la vie de la famille Bolduc passa de la misère à un avenir meilleur. Les jours qui suivirent l'émission, Mary commença à répéter sur une base régulière. Elle enregistra son premier disque en 1929 en accompagnant le chanteur Ovila Légaré. C'est à ce moment qu'elle écrivit de la musique pour le violon et l'harmonica. Mary inaugura aussi des soirées musicales en famille.
Les grandes vedettes de cette époque étaient fort impressionnées du talent de Mary. La nouvelle se transmit de bouche à oreille et se rendit jusqu'au responsable de la compagnie de disques Starr où Mary signa son premier contrat. Le 12 avril de cette même année, elle se rendit en studio pour enregistrer deux chansons accompagnée par Médor Levert à la guitare: Y'a longtemps que je couche par terre une chanson traditionnelle qu'elle chantait souvent et La Gaspésienne, un reel (Références: David Lonergan, op. cité, discographie p.200 et Lina Remon & Jean-Pierre Joyal, "Paroles et Musique Madame Bolduc" Guérin Éditeurs, 19 p.38) . 

À sa sortie dans les magasins, son premier disque n'eut pas de succès. En effet, le producteur montréalais Roméo Beaudry de Starr continuera de lui faire confiance malgré des ventes mitigées jusque là. Mary enregistrera tout de même des airs traditionnels à l'harmonica, mais aucune chanson (à l'exception de "Quand on s'est vu" dont la voix masculine reste inconnue à ce jour (Le collectionneur Michel Picard souligna la possible collaboration chantée de Roméo Beaudry, directeur artistique chez Starr, auteur,compositeur et éditeur. Robert Therrien appuie cette théorie.) 

Références: Lina Remon et Jean-Pierre Joyal, op.cit., Robert Therrien "L'histoire de l'enregistrement sonore au Québec et dans le monde 1878-1950", Les Presses de l'Université Laval, 2003, p.138-139, Michel Picard, coffret 4CD (op.cit.)
C'est le 6 décembre 1929 que débute sa grande période de succès. Sur ce troisième disque (ou quatrième, selon les sources - voir discographie,) on retrouvait une de ses compositions, La Cuisinière, qu'elle avait composée en faisant la cuisine ainsi que Johnny Monfarleau. Chez Archambault Musique sur la rue Ste-Catherine à Montréal, on faisait la file pour obtenir un exemplaire du 78 tours. Ils en vendirent 10 000 lors du premier mois. C'est à partir de ce moment que Mary est devenue rapidement la chanteuse la plus populaire du Québec, devenant la première femme Québécoise à gagner sa vie en tant que chanteuse, auteure, compositrice et interprète de la chanson au Québec. 

Après ce vif succès, Mary décida qu'elle aimerait enregistrer un nouveau disque à tous les mois ce qui rapporterait beaucoup d'argent à la famille. Comme à l'habitude, elle composait ses airs dans la cuisine. Dans ses chansons, Mary s'inspirait du folklore qu'elle connaissait; on y retrouvait des situations et des personnages comiques pour faire rire les gens. Elle décida même de turluter - «chanter sans paroles en répétant un motif sonore sur un rythme rapide et comme si les sons roulaient dans la gorge, à la façon d'une rengaine» - dans ses chansons. Ses textes traitaient d'anecdotes drôles. En pleine crise économique, les gens du peuple appréciaient beaucoup la musique de La Bolduc. 

Sa fille Denise alors âgée de 13-14 ans accompagna sa mère au piano. Déjà là, Mary trouva un peu d'inspiration. À partir de ce moment, Denise accompagna Mary sur ses disques. Son premier enregistrement avec sa mère eut lieu le 14 mai 1930 avec les chansons La Morue et Fricassez-vous. Si les airs étaient toujours puisés dans le répertoire folklorique, la veine créatrice, elle, prenait place dans le passé et le quotidien de son auteur. 

Mary Travers commença à lire divers articles de journaux comme source d'inspiration, ce qui lui donna encore plus le goût de composer. Afin de mieux rejoindre son public, Mary commença également à composer des paroles qui parlaient aux gens de la réalité de la société dans laquelle tous vivaient à cette époque. L'année 1930 est celle où elle enregistra le plus de disques ainsi qu'une année chargée de projets tels que des émissions de radio et des soirées dans Les Feux follets au Monument National où elle joua pour la première fois un rôle de comédienne. Elle participa également à la soirée de la Sainte-Catherine. 

Les gens voulaient de plus en plus voir et entendre Madame Édouard Bolduc sur scène. Jusqu'à ce jour, Mary n'avait jamais chanté ses mélodies en spectacle autre que sur disque ou à la radio. «Les Soirées du Bon Vieux Temps» étaient les derniers concerts qu'elle avait donnés en public. Le 25 novembre 1930, elle accepta avec joie l'offre qu'elle reçut pour chanter lors d'un bal masqué à Lachute. La soirée du spectacle arriva et Mary fut très bien accueillie par le public qui connaissait pratiquement toutes les paroles de ses chansons. Contente de son expérience, Mary décida de continuer à chanter ses airs sur scène.
Au fur et à mesure que les années passaient, La Bolduc devenait de plus en plus populaire et vendait énormément de disques. Si nous regardons le fil sa vie, elle changea complètement. Mary passa de la pauvreté au succès et à la richesse. Elle aimait s'occuper de sa famille, composer de nouveaux airs et faire des émissions de radio. 

Après son apparition sur scène à Lachute, elle reçut plusieurs autres propositions qu'elle refusa jusqu'à ce qu'elle en ait une du Théâtre Arlequin à Québec du 15 au 21 mars 1931. À partir de ce moment, Mary fit partie d'une troupe comique dirigée par Juliette d'Argère connue sous le nom de Caroline. Le succès et les ventes continuèrent à augmenter. La Bolduc était maintenant femme de carrière. On dit qu'elle «devient l'idole de tous les démunis, de toutes les victimes de la crise, de tous ceux qui triment dur dans les usines pour des salaires de famine, de toutes celles qui élèvent une trâlée d'enfants dans des conditions misérables.»
En 1931, Mary avait besoin de temps pour elle-même. Elle déménagea donc avec sa famille à Newport, Baie des Chaleurs, son lieu de naissance. Ils revinrent à Montréal à la fin de cette même année. Mary continua à enregistrer des chansons et à organiser des tournées de spectacles. 

En 1932, les choses changèrent un peu pour La Bolduc. Elle ajouta des chansons anglaises à son répertoire, mais n'eut pas grand succès. Plus tard, le 2 juillet, elle montra à ses enfants le studio où elle enregistrait ses disques depuis les dernières années. Avec leur mère, ils chantèrent En revenant des foins, Les conducteurs de chars et Les vacances. Ce fut son dernier disque avant 1935 en raison des baisses de ventes sur les marchés américain et canadien affectant ainsi toutes les grandes vedettes de cette époque. À partir de ce moment-là, puisque Édouard n'avait pas d'emploi stable, La Bolduc entreprit d'importantes tournées au Québec avec Jean Grimaldi parce que l'argent devait continuer à entrer.

Les grandes tournées
Mary se remit à offrir des soirées de spectacle. Pendant ce temps, elle rassembla une équipe pour les prochaines tournées, la Troupe du Bon Vieux Temps: Armand Lacroix, comédien connu sous le nom de Boniface, le chanteur Jean Grimaldi et sa fille Denise comme pianiste, chanteuse et comédienne. Elle embaucha Jean Grimaldi comme directeur. Leurs concerts comprenaient du vaudeville et du folklore.
Les premières tournées furent dans les alentours de Montréal. Les spectacles composés de trois numéros comiques étaient présentés dans les églises ou dans les cinémas. Ces petites tournées réussies donnèrent beaucoup d'espoir à La Bolduc. Le 20 décembre 1932, elle présenta sur scène ses enfants, Réal et Fernande, avec qui la troupe fit un concert de musique folklorique. Pendant ces années, La Bolduc commença à composer des chansons sur demande.
En 1934, Mary et Henri Rollin, également chanteur et remplaçant de Jean Grimaldi, formèrent une nouvelle troupe pour une tournée en Nouvelle-Angleterre. Ceux-ci rassemblèrent le comédien, le chanteur et le pianiste Paul Foucrault, la comédienne Marcelle Briand, le violoniste Philippe Bouchard, l'accordéoniste Albertine Villeneuve et comme dans les autres groupes, sa fille Denise, qui encore une fois jouait du piano, chantait et faisait de la comédie. Cette fois-ci, les spectacles regroupaient surtout du folklore avec un peu de vaudeville vers la fin des concerts.
L'année 1935 relança la production de disques pour Mary. La compagnie Starr lui demanda d'enregistrer son seul disque au début de l'année 1935. Elle composa une chanson sur les jumelles Dionne et une autre sur la Gaspésie: Les cinq jumelles et La Gaspésienne pure laine. Après trois ans sans avoir écrit de chansons, Mary reprit le goût de composer. Elle s'inspira des articles qu'elle lisait dans les journaux.
Cette même année, de nouveau avec Jean Grimaldi, elle planifia une grande tournée dans le nord du Québec et dans le nord de l'Ontario, aussi loin que Kapuskasing. Cette fois, le groupe était composé d'Armand Lacroix ainsi que Simone Roberval et Éliza Garreau comme comédiennes et chanteuses et Philippe Bouchard. Le vaudeville et les chansons faisaient toujours partie des concerts.
L'année suivante, en 1936, La Bolduc enregistra quatre nouveaux disques dont une des chansons, Les colons canadiens, parle de sa tournée dans le grand nord ontarien. Au printemps 1936, La Bolduc décida de repartir en tournée en Nouvelle-Angleterre. Au mois de juin de cette même année, Mary et Grimaldi rassemblèrent la troupe et retournèrent dans le nord avec Tizoune fils (Olivier Guimond), Manda Parent, André Carmel, Colette Ferrier et Denise Bolduc. 

En 1937, un nouveau groupe se forma avec Henri Rollin: Armand Lacroix, Simone Roberval, Guy Robert, Juliette Sylvain et Denise Bolduc, plus tard remplacée par Marcel Grondin. Cette fois-ci, la troupe se dirigea vers le Bas du fleuve, la Gaspésie et le Saguenay. Pendant cette tournée, en route de Rivière-du-Loup à Cap-Chat, ils eurent un accident, blessant Mary qui fut hospitalisée pour quelques semaines. Pendant sa convalescence, les médecins découvrirent une tumeur maligne. À son retour à la maison, Mary ne retrouva plus l'inspiration pour écrire.

Les dernières années 

Lorsque La Bolduc se sentit mieux après tous ses traitements de radiation en 1939, elle recommença à composer quelques airs et participa à des émissions de radio. Cette année-là, elle enregistra ses derniers disques. Pendant sa rémission, Jean Grimaldi l'invita à participer à une autre tournée qu'il organisait en Nouvelle-Angleterre. Elle accepta volontiers et fit donc partie de la Troupe de Comédie Canadienne avec Olivier Guimond, père, Effie Mack, Manda Parent, Florida Roy, Marcel Dequoy, Lionel Parent et Joseph Caron. 

À son retour, le cancer aggrava l'état de santé de Mary. À travers tout cela, elle continua à chanter au cours de quelques spectacles. Elle succomba à la maladie, le 20 février 1941, à 46 ans. 

Mary Travers fut sans doute la vedette la plus populaire vers la fin des années 20 et 30 au Québec. Elle écrivit plus de 300 chansons (ce chiffre semble démesuré lorsqu'on compare les chansons enregistrées par Madame Bolduc qui furent simplement des reprises de chansons folkloriques, ses propres créations les inédits manuscrits repris par l'interprète Danielle Martieneau et recensés dans le livre Lina Remon et Jean-Pierre Joyal, op.cit) inspirées par les traditions folkloriques irlandaises et québécoises. On la surnommait «la turluteuse du peuple»[9]. Elle sut plaire à son public pendant la crise économique. Malgré toute l'évolution de la musique populaire de cette époque, tout au long de sa carrière de musicienne, La Bolduc garda le même style de musique dans ses chansons, la musique folklorique. Il ne faut pas oublier qu'«en l'espace de deux ans, Mary est passée de femme au foyer à artiste célèbre»[10].

Discographie
  12 avril: Y'a longtemps que je couche par terre et La Gaspésienne
   13 août: Gendre et belle-mère A - et Quand on s'est vu
  6 septembre Jim Crow et Ah Ah Ah (???) D'après Michel Picard, ces enregistrements
existent bel et bien, sans le soutien musical de La Bolduc.
On peut entendre les deux titres sur le site du Gramophone Virtuel op.cit.
  22 novembre: Valse Denise et Reel de la goélette
 6 décembre: La cuisinière et Johnny Monfarleau -1930
  18 janvier: La servante et le 15 janvier: Regardez donc mouman
  29 janvier: Arthémise marie le bedeau et Tourne ma roulette
  11 mars: Le bonhomme et la bonne femme (Trois prises alternatives disponibles sur le site de la Bibliothèque Nationale du Canada
LE GRAMOPHONE VIRTUEL. Il est fait mention de cette chanson dans le coffret 4CD de Michel Picard, op.cit.: une matrice serait détruite. Pourtant, il est possible d'entendre 4282-5 pour la réédition courante, 4247-1 et une autre matrice du même numéro mais d'une autre interprétation.)
et
 Si vous avez une fille qui veut se marier (Pour identifications: ---LE BONHOMME... , Madame Bolduc se permet un solo d'harmonica supplémentaire dans une version, une introduction courte et une respiration au milieu d'une des turlutes dans l'autre. Dans la réédition courante (CD ou 33 tours), la chanson est linéaire et bien égale. ---SI VOUS AVEZ UNE FILLE... Il est possible d'entendre des prises différentes de celles énumérées ici. Madame Bolduc a enregistré deux versions de cette chanson librement empruntée au folklore, une en FA rééditée en CD à partir de la collection de Michel Picard 1994, Productions Octogone, coffret de 4 disques, l'autre en RÉ, deux prises différentes (la première est disponible sur le site de la Bibliothèque Nationale du Canada LE GRAMOPHONE VIRTUEL) l'autre est connue depuis l'ère du microsillon (source: 33 tours Carnaval C-505, ou MCA CB 33025 ou différentes rééditions CD libres de droits d'auteur)

  18 mars: Reel comique et Galop des pompiers - (avec Alfred Montmarquette, accordéon)
  23 avril: Le joueur de violon et Ton amour ma Catherine
 30 avril: Gigue des commères et Fantaisie écossaise (avec Alfred Montmarquette, accordéon)
  14 mai: Fricassez-vous et La morue
30 avril: Reel turluté et le 14 mai: Valse turlutée
 20 mai: Clog à Tizef Parent et Reel des barbouillés (avec Alfred Montmarquette, accordéon)
18 juin: Mon vieux est jaloux et 2 juillet La pitoune - B?
 27 juin: Un petit bonhomme avec un nez pointu et Chez ma tante Gervais
 15751 (4535-3: 4534-2) 21 août: Toujours l'R-100 et Les maringouins
   23 septembre: Ça va venir découragez-vous pas et Fin fin Bigaouette
 27 octobre: La bastringue et Mademoiselle dites-moi donc  4 CD
   4 novembre: Les agents d'assurance et Rouge carotte
   13 novembre: Le jour de l'an et Le bas de Noël
  13 novembre: Dans le temps du jour de l'an et Chapleau fait son Jour de l'an (musicienne accompagnatrice à l'harmonica. Ovila Légaré est l'artiste principale. Madame Bolduc se distingue par son jeu d'harmonica. Elle n'est pas citée sur les étiquettes, peut-être sur les fiches de studio.
   10 décembre: La grocerie du coin et le 12 décembre: Le propriétaire
(Pour "Le propriétaire", prise ratée 4709-1, publiée en 78 tours en remplacement de matrice; l'épreuve d'impression figure au nombre des inédits sur le coffret 4 CD, op.cit) (Pour "La Grocerie du Coin" et pour la seule fois dans sa production discographique, Madame Bolduc s'offre les services d'un siffleur, M. Sam Garfield. Il est possible de l'entendre entre autres sur deux 78 tours Starr du chanteur Albert Marier (adaptations de chansons américaines faites par Roméo Beaudry): 15698 "Parmi les tulipes en fleurs" et "Parade d'amour" (non cité sur l'étiquette) et 15507 "La chanson du coucou" et "Ayez un bon sourire et fermez votre parapluie" (cité sur étiquette) - voir sur le net "Gramophone Virtuel" et site de la Bibliothèque Nationale du Québec, Catalogue Iris.1931
 15 janvier: Fêtons le mardi-gras et Un vieux garçon gêné
   3 février: Les filles de campagne et Nos braves habitants
  26 mars: Le sauvage du nord et Jean-Baptiste Beaufouette
  9 avril: La chanson du bavard et L'ouvrage aux Canadiens
   7 juillet: C'est la fille du vieux Roupi et Il va me faire mourir c'gars-là -
   8 juillet: La Côte-Nord et Aux chauffeurs d'automobiles
  15 septembre: Ah! C'qu'il est slow Tit Joe et Le commerçant des rues
   8 octobre : Chanson de la bourgeoise et le l8 octobre: Tit Noir a le mal imaginaire
   6 novembre: R'garde donc c'que t'as d'lair et Danse en souliers de boeufs (J'danse pas la rumba comme à Cuba)
   7 novembre: Bien vite c'est le jour de l'an et Voilà le père Noël qui nous arrive (avec ses enfants: Denise au piano, Lucienne, Réal et Fernande aux choeurs) 

1932
   20 janvier: J'ai un bouton sur la langue et Rose cherche à se marier
   20 janvier: Les femmes et Quand j'étais chez mon père
   6 mai: L'enfant volé chantée par Lucienne Bolduc, sa fille âgée de 12 ans, et le
5 mai: Si les saucisses pouvaient parler
À propos de "L'enfant volé": Cette chanson en est une d'actualité, composée sur l'air de la chanson française "La légende des flots bleus" (paroles : Raoul Le Peltier / musique: Henri Christiné et Paul Dalbret, 1907. réf: "Mémoire de la Chanson: 1200 chansons du Moyen-Âge à 1919" réunies par Martin Pénet, Éditions Omnibus, 2001) - relate l'enlèvement et le meurtre de l'enfant de l'aviateur Charles Lindbergh. Le texte a souvent été attribué à Madame Bolduc (y compris sur l'étiquette du 78 tours). L'utilisation abondante de verbes bien accordés et d'un vocabulaire riche dans le texte de la chanson détonne avec sa production habituelle. En tenant compte de sa faible scolarité (ses filles corrigeaient ses fautes d'orthographe), on peut se demander: fut-elle aidée à l'écriture de cette chanson, est-ce un emprunt ou un plagiat? Sûrement plus un emprunt à un parolier qui a dû publier cette chanson d'actualité dans un des différents périodiques musicaux du temps, comme "Montréal qui Chante", "Canada qui chante" ou "Le Passe-temps". Aucun biographe ne soulève la question.
   5 mai: Les policemen  et Les Américains
   2 juillet: En revenant des foins et Les conducteurs de chars (avec sa famille: Denise au piano, Lucienne, Réal et Fernande aux choeurs)
  2 juillet: Les vacances (avec sa famille: Denise au piano, Lucienne, Réal et Fernande aux choeurs) et Sans travail 

1935
   6 mars: Les cinq jumelles et La Gaspésienne pure laine 1936
   20 mars: Les colons canadiens et La lune de miel
   15 avril: Les pompiers de St-Éloi et Gédéon amateur
   27 avril: Arrête donc Mary (avec Jean Grimaldi) et Les médecins
  24 août: Les belles-mères (avec Zézé - André Carmel) et Quand j'ai vingt ans 

1939
   23 février: Tout le monde a la grippe et Le voleur de poules
   23 février: Je m'en vais au marché et Les souffrances de mon accident
Note: ces enregistrements seraient parmi ceux que Madame Bolduc aurait enregistré selon un nouveau procédé inventée aux pires heures de la crise économique par la firme de disques Starr. Dans le but d'en "donner pour l'argent du client", la compagnie Compo aurait développé un disque "Double Longueur" où les titres présents se seraient retrouvés gravés sur une seule face selon une technique semblable au microsillon et qui leur confère un son médiocre.

Durant sa carrière, La Bolduc a enregistré 46 disques (91 titres à l'exception du 92e titre
 "L'enfant volé" interprété par sa fille Lucienne).
 

Avec les recherches de Robert Thérien pour le compte de la Bibliothèque Nationale du Canada (Gramophone Virtuel), plusieurs enregistrements ont refait surface après des années d'oubli. On entend distinctement La Bolduc au service d'Ovila Légaré, Eugène Daigneault, Alfred Montmarquette, tous sous contrat avec Starr, sous la direction artistique de Roméo Beaudry. 

La plupart des titres de Madame Bolduc des solos avec accompagnement de musique à bouche, guitare, piano, guimbarde et accordéon. Sa fille Denise l'accompagnait au piano, Médor Levert à la guitare et Alfred Montmarquette[11], à l'accordéon. En 1930, elle enregistra trois disques avec ce dernier: le 18 mars, le 30 avril et le 20 mai. Avec Ovila Légaré, elle enregistra deux disques, le 27 octobre 1930 et au mois de novembre de la même année dont on ne connaît pas la date précise. Dans les années 1931 et 1932, elle enregistra également des disques avec sa famille: le 7 novembre 1931 à l'occasion de la fête de Noël et le 2 juillet 1932. La première chanson de son trente-sixième disque, L'enfant volé du 6 mai 1932, est chantée par sa fille Lucienne. Quelques années plus tard, le 27 avril 1936, elle enregistra sa chanson Arrête donc Mary avec Jean Grimaldi. Tout son répertoire tourne autour des styles de chansons et folklore comiques et des chansons d'actualité ainsi que quelques vieilles chansons, reels et valses. Certaines d'entre elles, qui traitent des soucis quotidiens des gens ordinaires, étaient considérées trop osées par les stations de radio qui ne les passent pas sur les ondes. De plus, grâce à l'intervention de Robert Therrien auprès de la Bibliothèque Nationale du Canada], nous connaissons mieux le travail de musicienne et de choriste de studio de Madame Bolduc. Par sa voix inimitable et son jeu d'harmonica, elle est aisément identifiable. C'était un pan important de son oeuvre qui manquait à l'appel. 

La discographie suivante a été établie dans le livre de David Lonergan "La Bolduc: la vie de Mary Travers" (op.cit.) "à partir de celle de Jean-Jacques Schira et de Monique Leclerc, complétée par d'autres sources dont Marie-Blanche Doyon et la collection Bolduc du Musée de la Gaspésie" Schira, Jean-Jacques, "Les éditions sonores au Québec (1898-1960), p.79-101 in Robert Giroux, directeur, "Les aires de la chanson québécoise, Triptyque, Montréal, 1984 213 pages. Les précisions proviennent des notes du coffret "Madame Bolduc: l'oeuvre complète" publié en 1994 par les Productions Octogone (OCT-501A-2) sous la direction de Michel Picard - collectionneur émérite des disques de La Bolduc - et des notes de Robert Therrien, collectionneur et historien de la chanson québécoise, collaborateur au site de la Biblitothèque Nationale du Canada "Le Gramophone Virtuel". 

Les différents accompagnateurs de Madame Bolduc: A = Médart Levert, guitariste et neveu par alliance de Mary Travers (La Bolduc) B = Denise Bolduc, pianiste, fille aînée de Madame Bolduc. P = Pianiste inconnu 

Mise en garde amicale du rédacteur des quatre prochains paragraphes: Dans les biographies et les fiches de studio disponibles, on peut lire le nom de Médart Levert comme accompagnateur à la guitare. Son jeu sobre se reconnaît facilement. Je n'indiquerai qu'avec certitude la présence de Denise Bolduc sur les disques de sa mère (mention d'étiquette). J'écris cette partie en souhaitant qu'un musicologue ou un passionné pertinent puisse appuyer cette explication, cette hypothèse. Je ne veux pas "briser une légende", aussi belle et tenace (une famille unie par la musique) ni dénigrer le travail fort acceptable des enregistrements où figurent Denise auprès de sa mère, mais certains enregistrements diffèrent beaucoup dans la façon de jouer le piano. Il est difficile d'admettre, à trois ans de différence, que le toucher de piano varie autant pour une personne! (Suffit d'écouter "Les policemen" ou "Aux Chauffeurs d'automobiles" avec leurs superbes variations pianistiques et, dans un deuxième temps "Les médecins" ou "La lune de miel" ou l'accompagnement de Denise, quoique très efficace pour le style Bolduc, s'avère moins brillant dans l'exécution des chansons mentionnées). Il est évident que Denise ne comprend pas bien qu'une chanson devient en mode mineur (dans le cas des Médecins, notamment). 

Tenant compte du fait que Denise était jeune fille au début de la carrière de sa mère (peut-être était-elle à l'école lors de certaines sessions de studio?), il n'est pas négligeable de penser que Madame Bolduc ait eu recours quelquefois aux services de pianistes de studio (Allan Mc Iver ou Léo Lesieur, par exemple, à l'emploi de Starr sous la direction de Roméo Beaudry, pour accompagner tantôt Le Trio Lyrique, Roméo Mousseau ou Ludovic Huot, dans le cas de Mc Iver, Léo-Paul Bourassa ou Ovila Légaré dans le cas de Lesieur)
Autre particularité des enregistrements de Madame Bolduc: Beaucoup de témoignages (dont ceux de sa fille cadette Fernande) et des photos nous dévoilent que Madame Bolduc jouait du violon - en virtuose à ce qu'il paraît. Sa fille Fernande, lors du témoignage de 1959 (Réal Benoît, op.cit.) signale que Madame Bolduc avait déjà enregistré des disques de violon avant son succès "La Cuisinière".

Cependant, la plupart des disques instrumentaux où Madame Bolduc est mentionnée laisse voir un travail d'harmoniciste. À moins de jouer de l'harmonica avec un harnais semblable à celui qu'utilisait Bob Dylan, il est impensable de manier un harmonica et un violon en même temps, tenant compte de la virtuosité déployée à l'harmonica par Madame Bolduc. Comment le violon et l'harmonica peuvent être joué par la même personne?: écoutez "Gendre et Belles-Mères" pour vous faire votre idée en attendant de trouver une réponse pertinente. 

On l'entend en virtuose - et trop brièvement - jouer de la guimbarde (appelée au Québec BOMBARDE) dans "Mon vieux est jaloux". Pour les besoins de la rime, elle nous offre un néologisme du plus bel effet : "Moi le soir, quand je me couche / c'est de jouer de la bombarlouche!) et dans certains accompagnements (notamment dans l'enregistrement d'Ovila Légaré "Pousse-toé Ferdinand" écrite par Roméo Beaudry, où La Bolduc manie l'harmonica et la guimbarde).
Tous les disques sont sur Étiquettes Starr (souvent l'appellation GENNETT revient dans les biographies de La Bolduc: la compagnie a gardé le nom de la fusion entre les disques Gennett et les pianos Starr. À compter de 1926, les enregistrements acoustiques font place à l'enregistrement électrique avec microphone. Sous les étiquettes, Gennett cède la place à "New Process"jusqu'en 1933, environ. Source: "En remontant les années / Roll back the year - L'histoire et l'héritage de l'enregistrement sonore au Canada des débuts à 1930" par Edward B. Moogk, Bibliothèque Nationale du Canada, 1975 p.89 à 91 et Robert Thérien, op.cit.
Le numéro de catalogue précède la date d'enregistrement. Les deux numéros entre parenthèses correspondent au numéro de matrice des chansons dans l'ordre dans lequel elles sont présentées. Le chiffre lié par le trait d'union indique quelle prise fut utilisée lors de la publication des 78 tours. (Source: Michel Picard, op.cit. et Gramophone Virtuel, op.cit.) 

"1929"

Hommages
Tout au long de sa carrière, Jeanne-D'Arc Charlebois a perpétué le style et le répertoire de Madame Bolduc qu'elle a fait connaitre également en Europe. Elle a présenté de nombreux récitals de ses chansons, dont un à Montréal en 1984, et a participé au spectacle «Les turluteries» avec André Gagnon, Diane Dufresne et Jim Corcoran au Centre National des Arts à Ottawa en 1992. 

En 1994, lors du centième anniversaire de sa naissance, le Musée de la Gaspésie a inauguré une exposition sur La Bolduc. Les objets furent une gracieuseté de sa fille Fernande. La collection comprend plusieurs objets personnels que Mary utilisa au cours de sa vie et de sa carrière de musicienne: accessoires de scène, vêtements, bijoux, violon, musique à bouche, guimbarde, affiches de spectacles, contrats d'engagement, coupures de presse, chansons manuscrites, documents photographiques, disques et plusieurs autres. 

Outre Jeanne d'Arc Charlebois, parmi les nombreux interprètes de Madame Bolduc, depuis sa mort en 1941, nous retrouvons (liste exhaustive): Dominique Michel, Marthe Fleurant, le 22e Régiment, Lise Lemieux, Florence, Réal Béland et Denise Émond (mieux connu sous leur nom d'artistes "Ti-Gus et Ti-Mousse"), Angèle Arsenault, Normand Miron, Suzanne Valéry, le groupe Suroît, le groupe La Bottine Souriante, Monique Jutras, Angèle Poirier, Jacqueline Barrette (qui l'a incarnée dans le film d'Isabelle Turcotte "Madame la Bolduc" en 1992) etc. 


Anecdote
La Bolduc est plus connue des Canadiens anglophones en tant que Madame Bolduc. 

 

Venez vous énergiser au site  de "La Bolduc"  dite Mary Travers

Inauguré le 24 juin 1994, le Site Mary Travers dite : « La Bolduc » rappelle l'époque caractérisée par deux grandes guerres mondiales, des années de prospérité, une récession, le développement de l'ère industrielle ainsi que la détermination et le dynamisme de cette «femme de Newport», Mary Travers.

À travers une ambiance et une animation typiquement gaspésienne, le site historique Mary Travers dite: « La Bolduc » évoque la vie et l'oeuvre de la première auteure-compositeure-interprète du Québec et du Canada français. Les résidents et certaines clientèles spécialisées renouent avec une partie de leur histoire locale, alors que la clientèle touristique de passage y vit une «tranche de vie et d'émotions» comme le personnage de madame Bolduc a pu la vivre dans les années 30.

Le Site Mary Travers dite : « La Bolduc » est un lieu animé où le visiteur peut prendre contact avec la force et la vitalité de ce personnage et de son époque, et découvrir, dans une ambiance de folklore, les réalités gaspésiennes d'autrefois (vêtements, évènements, chansons). 

« Madame Bolduc vous reçoit », visite de la salle d'exposition «Vivre en chansons», le thé de Mary, animation, turluttes, gigue, anecdotes, pièces de théâtre, rien n'est mis à l'écart pour satisfaire notre clientèle. Toutes ces activités ont pour effet de charmer et de transmettre à nos visiteurs l'humour thérapeutique, l'amour des gens et la vigueur optimiste qui ont consacré Mary Travers comme phénomène folklorique d'envergure nationale. Le Site Mary Travers dite: « La Bolduc » reflète la notoriété du personnage qui l'habite. Vivez un retour dans le passé sur les traces de « La Bolduc ». Venez vous ressourcer dans ce coin de pays qui l'a tant inspirée, venez puiser à la source de son village natal, NEWPORT. 

 

Il a fallu un bon moral pour traverser la crise des années 1930 dans les milieux ouvriers. Malgré la dureté des temps, Mary Travers-Bolduc a osé faire rire les gens simples comme elle, en chantant " sur tous les tons " les hauts et les bas de la " dépression ".
Son enfance dans sa Gaspésie natale ne l'a guère habituée au confort. A la fin du siècle dernier, misère et chômage sont le lot des familles de la côte, dont plusieurs débarquent d'Irlande, d'Écosse et d'Angleterre. C'est le cas du grand-père Travers. Canadienne-française par sa mère et bilingue, Mary est une enfant robuste, curieuse et vive qui fréquente brièvement l'école. Elle apprend spontanément à chanter et à jouer de l'accordéon, du violon et de l'harmonica pour égayer les veillées de voisins où elle interprète surtout des reels irlandais, qu'elle entremêle de " turlutes " - sons et syllabes rythmés - à la mode acadienne. Sans le savoir, par ces emprunts musicaux qu'elle adapte avec grand naturel, elle pose déjà les bases folkloriques de la chanson québécoise. 

A 13 ans, en 1907, Mary décide de " soulager " sa famille en partant à Montréal gagner son pain comme domestique. Elle découvre dans la métropole francophone du Canada un XXe siècle fébrile et bruyant : le choc du départ et l'expérience de la grande ville seront plus tard traduits en chansons.
La campagne, j'ai laissée,
A Montréal, je suis allée.
Je vous dis, ç'a pas été long,
J'ai connu un beau garçon. 

Après quelques années de travail en usine et de petits ménages pour 15 $ par semaine de 55 heures, Mary épouse, en 1914, Édouard Bolduc, futur plombier. Dans leur quatre-pièces sans eau chaude, les naissances se succèdent, et le niveau de vie baisse. La Première Guerre mondiale est déclenchée. Les légumes frais sont coûteux, l'eau est douteuse et le lait non pasteurisé; des maladies infectieuses emportent les jeunes enfants. Pour conjurer le mauvais sort, les Bolduc déménagent aux deux ans et s'exilent même un an en Nouvelle-Angleterre pour y chercher du travail. 

A partir de 1924, la situation se stabilise et les quatre enfants survivants (sur 13 !) grandissent dans un foyer canadien-français comme tant d'autres. Ménagère discrète, comme il se doit, mais non pas assagie, Mary surveille avec amusement les mille petits faits du quotidien des ouvriers, ces traits si justes qui formeront la trame de ses chansons. 

Dans les ruelles passe Le Commerçant des rues :
Quand le printemps est arrivé
Il a commencé à chanter :
" Venez voir mes échalottes,
seulement qu'à dix sous la botte. "
La Grocerie du coin :
Faut regarder la pesée
Y'a des fois qu'on se fait jouer,
Pour tâcher de nous distraire,
Y nous content une p'tite histoire. 

Propriétaires, agents d'assurances, médecins, conducteurs de chars, " policemen " et belles-mères n'échappent pas à son coup d'œil railleur. Elle observe aussi comme les jeunes filles changent : " (...) les jambes nues, les cheveux courts, les pantalons, On dirait de vrais garçons. ". Pour ses enfants, elle invente des ritournelles à demi turlutées, proches des chansons qu'elle est sur le point d'écrire.
En effet, la carrière de Mme Bolduc, chanteuse populaire, va commencer par le truchement de joyeuses soirées musicales entre amis gaspésiens. L'un deux, maître gigueur, participe aux prestigieuses " Veillées du bon vieux temps ", spectacles folkloriques hebdomadaires que découvre le couple Bolduc en même temps que les spectacles du burlesque dont raffolent les années 1920. Stimulée, la musicienne virtuose qu'est Mary s'impose de plus en plus dans son entourage, et la femme exubérante en elle aussi, au grand étonnement de son mari. Ce dernier se trouvant à nouveau acculé au chômage, Mary accepte un jour de remplacer un violoneux des Veillées. Le public apprécie ses airs de gigue au violon, à la bombarde et aux cuillères, et quand un soir elle se risque à chanter un refrain de sa voix claire, il en redemande ! 

Aux côtés d'artistes généreux, Mary Bolduc apprend vite son métier et compose des mélodies. Son nom est de plus en plus connu grâce à la diffusion radiophonique des spectacles et à l'enregistrement sur disques de vedettes telles qu'Ovila Légaré qu'elle accompagne au violon. L'auteure-compositeure en herbe n'ose à peine rêver de carrière lorsqu'en 1929, le directeur des disques Starr lui propose un contrat de cinq " 78 tours ". Ses premiers essais se distinguent mal des chansons folkloriques traditionnelles diffusées à la radio. Puis, le 29 octobre, le Krach boursier de New York déclenche une grande dépression économique. Dans la misère " noire " qu'elle a déjà apprivoisée, Mary écrit cette fois les paroles de ses chansons avec des mots faciles et directs. Elle parle aux gens du peuple des situations pénibles qu'elle connaît, et qu'ils connaissent, mais - audace pour une femme - sur le mode comique et dérisoire.
L'authenticité de La Cuisinière séduit les mères de " grosses " familles et les ouvriers de manufactures qui préfèrent encore l'espoir au fatalisme à la mode. A partir de 1930, on lui demande un disque par mois. Ses présences sur scène se multiplient. A mesure que le taux de chômage augmente, elle devient la voix du courage. Elle prolonge maintenant les couplets de son turlutage caractéristique et s'adresse directement à son public auquel elle s'identifie :
Ça va venir, ça va venir, Mais décourageons-nous pas. 

Elle décrit l'actualité au passage : l'arrivée du ballon dirigeable R-100, les quintuplées Dionne, le rapt du fils Lindberg, Roosevelt et son New Deal, Hitler. Elle commente une alimentation qui se dégrade dans Si les saucisses pouvaient parler. Ayant de plus en plus d'assurance, elle prend parti face aux gouvernements du Québec et du Canada, dénonce la pauvreté et le chômage, prône le respect de la tradition et du travail. Face à la condition féminine, toutefois, ses positions sont plus réservées. Elle revendique pour les femmes plus de liberté, mais elle ajoute :
Pour qu'un ménage s'accorde,
C'est bien des précautions.
Que la femme porte la robe,
Et l'homme, les pantalons. 

Bien en avance sur son temps quant à sa détermination et son indépendance financière, elle ne peut qu'en éprouver des tiraillements.
Les chansons diffusées depuis Montréal soulèvent une demande telle qu'une nouvelle tradition théâtrale s'organise peu à peu : les tournées en province, et même en Nouvelle-Angleterre. Au cours de l'une d'elles, en juin 1937, un grave accident de la route ébranle la santé de la chanteuse. Puis, une tumeur cancéreuse est diagnostiquée. Au milieu de cette ultime épreuve, elle cède à la tentation de conter en chanson Les souffrances de mon accident et relate ses démêlés grotesques avec les avocats.
En 1941 disparaît celle que l'on nomme désormais " La Bolduc ", femme du peuple qui a dominé son époque par sa lucidité, et qui parle encore haut et clair aujourd'hui.

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