Décès de "The man in Black" ( l'homme en noir) Johnny Cash Le monde de l'industrie pleure la mort de ce grand homme. Né le 26 février 1932, décédé le 12 septembre
À soixante-dix balais, Johnny Cash a passé l'âge des simulacres. Et c'est devant Dieu et personne d'autre qu'il consent à s'expliquer. C'est bien le ton de la confession qu'il a adopté dans ses albums depuis American Recordings en 1994. La série, toujours produite par Rick Rubin, comporte désormais ce quatrième volet. Mais "The Man Comes Around" sous ses allures de chant du cygne (noir) montre en même temps une irrésistible force de survie face à la maladie. Alors il multiplie les messages ("We'll Meet Again"). Il livre aussi les visions de l'au-delà qui le hantent, comme s'il était passé de l'autre coté pour revenir chez les vivants raconter ce qu'il a vu ("The Man Comes Around"). Il reprend à son compte "Hung My Head" de Sting, et réclame pardon ("Personal Jesus" la chanson de Depeche Mode, qui devient autobiographique). La puissance de l'interprétation vous percute et par moments, même, c'est le Cash le plus déterminé qui se fait entendre ("Sam Hall"). On ne s'étonne plus dès lors de trouver "I'm So Lonesome I Could Cry" de Hank Williams côte à côte avec "Hurt" de Nine Inch Nails. L'homme en noir montre plus que jamais avec cet album pourquoi toute sa vie il a porté son propre deuil. --José Ruiz
Le chanteur est mort à l'âge de 71 ans, vendredi 12 septembre, à Nashville (Tennessee). Johnny est décédé de complications résultant d'un diabète, qui ont entraîné une détresse respiratoire', a précisé son manager Lou Robin dans un communiqué diffusé par l'hôpital baptiste de Nashville. L'homme en noir souffrait aussi d'une forme de neuropathie, une maladie du système nerveux, qui l'exposait à la pneumonie. Le
chanteur est décédé à l'hôpital à
1h du matin (5h00 GMT). Il avait quitté l'établissement mercredi
après deux semaines d'hospitalisation pour un problème à
l'estomac. Son timbre de baryton et sa gravité existentielle en
firent une des voix les plus singulières de la chanson américaine.
Plusieurs vedettes de la musique, dont le chanteur des Rolling Stones Mick Jagger et Elvis Costello, ont fait part vendredi de leur tristesse après le décès du légendaire chanteur de country Johnny Cash. "L'homme en noir" a aussi eu droit à l'hommage du président George W. Bush, qui a salué en lui une légende de la musique. Sa voix et "sa compassion humaine avaient gagné les coeurs et les âmes de plusieurs générations", a souligné le chef de la Maison Blanche dans un communiqué. "Son influence s'est étendue sur plusieurs générations auprès de gens différents", a observé de la même façon Mick Jagger. "Je l'adorais en tant qu'auteur et en tant que compositeur. Je me souviens qu'il y a de nombreuses années, une partie de notre répertoire comprenait deux de mes chansons favorites de Johnny Cash: 'I Walk The Line' et 'Ballad Of A Teenage Queen'".
Elvis
Costello, qui écrivit pour lui "Hidden Shame" en 1990, l'a qualifié
de "grand, grand homme". "Il m'a toujours chaleureusement accueilli chez
lui et je n'oublierai jamais ça", a-t-il dit.
Marty
Stuart, qui avait autrefois fait partie du groupe de Johnny Cash et qui
a épousé sa fille Cindy, a estimé que le chanteur
"ne répondait à personne d'autre qu'à lui-même,
qu'à ce qu'il entendait dans son coeur, dans son esprit et dans
son âme".
"Je sais que les anges chanteront aujourd'hui et le paradis est un meilleur endroit avec l'arrivée de Johnny Cash", a de son côté déclaré le chanteur de country George Jones, un ami de longue date. "Je sais qu'il est plus heureux, maintenant qu'il est avec sa bien-aimée June (son épouse, la chanteuse June Carter, décédée au printemps dernier)". Dolly Parton a pour sa part estimé que Cash ne "mourrait jamais. Il deviendra seulement plus important dans cette industrie au fil du temps".
Quant au chanteur Kenny Chesney, il a jugé que "l'homme en noir" était l'un des seuls artistes dont la musique était universelle. "Qu'on en ai eu conscience ou non, nous étions directement ou indirectement influencés par Johnny Cash", a-t-il dit. "Le rock 'n' roll, la country, le gospel: la musique de Johnny franchissait toutes les frontières qui se dressaient devant lui". "Johnny Cash n'était pas seulement un géant dans le monde de la musique, mais il fait partie de ces gens qui sont devenus une icône culturelle en Amérique", a réagi Ed Benson, directeur général de l'Association de la musique country au micro de WTVF-TV à Nashville. "Sa présence illuminait la pièce et on va le regretter", a pour sa part commenté l'acteur George Clooney lors de l'émission "Today" sur NBC. AP Johnny
Cash était né le 26 février 1932 à Kingsland,
en Arkansas et avait 6 frères et soeurs.
On le surnommait "l'homme en noir", mais c'est Nashville, qui ne l'appréciait guère - et réciproquement -, et le monde de la country music qui portent le deuil aujourd'hui. Avec Johnny Cash disparaît une des personnalités les plus sulfureuses de ce genre englué depuis longtemps dans les bluettes sucrées et, tout simplement, une des plus grandes voix de la chanson américaine. Il a vendu 50 millions d'albums, enregistré plus de 1 500 chansons et en a composé plus de 400 pendant les quarante-cinq années d'une carrière qui aura exploré le country & western et le bluegrass bien sûr, mais aussi le folk, le rockabilly et le gospel. Sa notoriété a rapidement traversé les frontières du pays et du genre. Johnny Cash, qui terminait un album de chansons écrites avec sa femme June, morte en mai, était le père de sept enfants. Parmi eux, sa fille Rosanne est une chanteuse renommée de country. La
gravité fut la marque de cet artiste cultivant les paradoxes. Gravité
de son timbre de baryton, entre crooner et conteur, invariablement posé
sur une basse continue de guitare. Gravité des thèmes qu'il
a abordés, à mille lieux des paroles parfois lénifiantes
de la country : chronique sociale (la condition des ouvriers, des paysans,
des routiers, des taulards) et bigotisme religieux, légende dorée
du Far West et défense des Indiens - comme dans la Ballad of Ira
Hayes, histoire d'un GI indien qui brandit la bannière étoilée
après la bataille d'Iwo Jima, se heurte au racisme à son
retour et finit par se noyer dans l'alcool. Il proteste contre la guerre
du Vietnam et ne cache pas sa fascination pour les armes à feu,
chante l'éternité des grands sentiments et s'abîme
dans le désamour et la déchéance individuelle. Les
Sudistes peuvent être compliqués.
Et la vie de Johnny Cash ne fut pas de tout repos. Né à Kingsland (Arkansas), le 26 février 1932, J.R. Cash (il optera pour Johnny à l'armée) était issu d'une famille de métayers baptistes comptant sept enfants, qui bénéficiera des programmes sociaux du New Deal. Il découvre le hillbilly, la musique des Appalaches, et commence, à 12 ans, à composer des chansons. A cet âge, il perd son frère aîné de deux ans, malheur qu'il considérait comme l'origine probable de son incurable mélancolie. En
1950, il est incorporé dans l'US Air Force qui l'envoie en Allemagne.
Il y écrit de futurs classiques, notamment Folsom Prison Blues,
inspiré par le sinistre pénitencier californien. Il retourne
aux Etats-Unis en 1954, pour y épouser une jeune fille de 17 ans.
Vendeur en porte à porte à Memphis, capitale musicale du
Sud, Cash trouve deux accompagnateurs, les Tennessee Two (le guitariste
Luther Perkins et le bassiste Marshall Grant) et rencontre Sam Phillips,
producteur de Sun Records, l'homme qui a découvert Elvis Presley,
avec lequel il grave ses premiers titres, Hey Porter, Cry, Cry, Cry, Get
Rhythm, puis I Walk the Line et Ballad of a Teenage Queen. Son ascension
est fulgurante. Les portes du Grand Ole Opry, spectacle et émission
de radio emblématiques de la country, lui sont ouvertes. Tout de
noir vêtu, il y fait sensation avec son franc-parler et ses mauvaises
manières.
En 1958, Johnny Cash quitte Sun pour Columbia, continue de collectionner les tubes et commence à mener une vie en rapport avec son statut de vedette. Harassé par des tournées interminables, il ne tient le coup qu'avec une consommation effrénée d'alcool, d'amphétamines et de poudres diverses. Précurseur des caprices des rockstars, il se taille une solide réputation de démolisseur de chambres d'hôtel. En 1965, on l'arrête à la frontière mexicaine avec le contenu d'une pharmacie caché dans la caisse de sa guitare, épisode qui lui vaut d'être banni du Grand Ole Opry. Victime d'un accident de voiture puis d'une surdose, il passe une année à Nashville avec Waylon Jennings, autre "hors-la-loi" notoire, à tester des substances variées. La rédemption le touche à la mi-temps des années 1960. Il divorce en 1966 pour épouser deux ans plus tard June Carter, une des filles de Maybelle Carter (chanteuse de The Carter Family, formation historique de la country). Sous son influence, il s'oriente vers une voie plus "paisible", empreinte de religiosité fondamentaliste, ce qui l'amènera plus tard à soutenir le prêcheur Billy Graham. Curieusement, ce virage ne le dessert pas artistiquement, puisqu'en 1968 et 1969 il publie coup sur coup deux chefs-d'œuvre, Live at Folsom Prison et Live at San Quentin Prison, qui dopent ses ventes.
(June
Carter Cash est décédé le 15 mai 2003. (AP Photo/Mark
)
A la fin des années 1970, les vieux démons refont surface. Son mariage bat de l'aile en même temps qu'il erre de studio en cure de désintoxication. Des histoires impossibles circulent : ses admissions à l'hôpital seraient dues à l'attaque d'une autruche, à une piqûre d'insecte, à une rage de dents... Miné
de l'intérieur, esclave des calmants, le solitaire trouve refuge
dans l'amitié virile, en fréquentant d'anciens condisciples
rescapés des gouffres : il publie en 1981 The Survivors, avec Carl
Perkins et Jerry Lee Lewis, puis Class of 55, avec les mêmes et Roy
Orbison, participe en 1985 au groupe The Highwaymen, aux côtés
de Kris Kristofferson, Waylon Jennings et Willie Nelson. Projets sympathiques
mais passéistes, qui révèlent surtout l'impasse artistique
de Cash. On l'oublie lorsque paraît, en 1993, le premier volume de
la série American Recordings, splendeur crépusculaire cousine
du Nebraska de Bruce Springsteen, qui marque sa renaissance artistique.
Armé d'une guitare, manches retroussées, il pointait un majeur vengeur en direction de l'objectif, avec cette adresse : "American Recordings et Johnny Cash remercient l'establishment de Nashville et ses radios pour leur soutien." Dernier baroud d'honneur d'un homme blessé, amer et malade, qui avait toujours en mémoire le destin de Hank Williams, chassé du Grand Ole Opry et mort d'ivresse et de froid le jour de l'an 1953. Du génie foudroyé de la country music, Johnny Cash fut le plus flamboyant héritier, par ses paroles et par ses actes.
Compilations Elles sont innombrables. Une des plus récentes, complètes et aisément disponibles en France est Man in black: The Very Best of Johnny Cash (2 CD Columbia/Sony, 2001). Albums originaux Columbia a réédité une douzaine d'albums dans sa collection Legacy, en les remastérisant et en les augmentant de bonus. Parmi eux : Songs of Our Soil (1959), Hymns by Johnny Cash (1959), Ride this Train (1960), Orange Blossom Special (1965), Ballads of the True West (1965), Live at Folsom Prison (1968), Live at San Quentin (1969). Les quatre albums chez American Recordings sont : American Recordings (1994), Unchained (1996), Solitary Man (2000) et The Man Comes Around (2002). Album-hommage Kindred
Spirits (Columbia/Sony, 2002) : ses chansons sont reprises par une pléiade
de stars, dont Bob Dylan, Bruce Springsteen, Little Richard, Dwight Yoakam
ou Emmylou Harris.
Johnny Cash et June Carter-Cash en 1999 Devenu presque aveugle à cause du diabète, Johnny Cash devait se déplacer en chaise roulante. Pour lui, la perte de son épouse, June, fut une épreuve écrasante. Néanmoins, en y réfléchissant, le producteur Rick Rubin ne fut pas étonné d’entendre la requête de Johnny Cash au lendemain de la mort de June Carter Cash en mai 2003. Il avait besoin de travailler. Il devait travailler afin de pouvoir lui-même continuer. Pour satisfaire à la demande de Johnny Cash, Rick Rubin aménagea un studio d’enregistrement dans une chambre à coucher de la propriété du chanteur au Tennessee, et désigna un ingénieur «sur appel» qui demeura de service presque jusqu’à la fin des jours de Johnny Cash. Cette légende de la chanson populaire américaine mourut quatre mois après son épouse. «Des sessions d’enregistrement étaient prévues tous les jours, se souvient Rubin, et si Johnny se sentait assez bien au réveil, il téléphonait et disait “ça fonctionne pour aujourd’hui”. S’il ne se sentait pas suffisamment en forme, il disait “on continuera demain”». Les résultats de certaines de ces sessions d’enregistrement s’avèrent éloquents à l’écoute du titre paru récemment American V: A Hundred Highways, le cinquième et dernier en date d’une série de disques réalisés par Rubin et qui couronnent la fabuleuse carrière de Johnny Cash. Cette dernière production constitue la réflexion musicale la plus émouvante sur la condition mortelle des humains depuis le dernier album de Warren Zevon avant sa défaite contre le cancer. Autrefois caverneuse et puissante, la voix de Johnny Cash tremble et s’étiole ici dans une enfilade de chansons empreintes de chagrin et de spiritualité. «Oh, Lord, help me to walk another mile, just one more mile, de chanter Cash sur la première plage du disque, I'm tired of walking all alone». Parmi la douzaine de chansons, l’on retrouve Like the 309, le tout dernier poème écrit par Johnny Cash, dans lequel il est question d’un train, thème tout à fait approprié pour l’homme qui autrefois avait chanté pour un détenu dont les seuls échos du monde lui parvenaient par le sifflet d’un train de nuit. Au cours de ce que furent les derniers mois de Johnny Cash, Rubin faisait régulièrement parvenir à Cash des mandats pour travailler sur des chansons. Cash suggérait ses propres idées, et son fils l’encouragea même à endisquer Further On (Up the Road) de Bruce Springsteen. Le
producteur pressentait combien il était important de stimuler et
de maintenir chez Johnny Cash son esprit créatif et son engagement
artistique.
June Carter Cash et Johnny Cash en 1985 Parmi des babioles de toutes sortes conservées dans une salle d'entreposage située derrière son studio d'enregistrement, Johnny Cash gardait des centaines de bandes. Parmi ces trouvailles, un ensemble identifié «Personal File», qui s'est avéré un véritable trésor auditif. Sur ces enregistrements solo, réalisés pour la plupart dans les années 1970, l'icône de la musique country interprète un peu de tout, comme le décrit le producteur Greg Geller: des ballades de salon de fin de 19e aux succès country du 20e siècle, Cash a choisi des chansons variées qui lui rappelaient des événements et des expériences de sa vie, des chansons de foi et d'inspiration.» Les admirateurs de Cash auront un avant-goût de ce matériel intimiste le 23 mai, à la parution de Personal File. Ce coffret de deux CD Columbia/Legacy offrira 49 extraits, la plupart comprenant des réflexions de Cash servant d'introduction aux pièces. Parmi les chansons publiées, mentionnons My Mother Was a Lady, The Way Worn Traveler, What Is Man, Louisiana Man, Saginaw, Michigan et une interprétation de la chanson traditionnelle irlandaise Galway Bay. Quelques semaines avant l'émergence publique de Personal File, Columbia/Sony Wonder/Legacy republiera le classique The Johnny Cash Children's Album. Le fils de l'artiste défunt, John Carter Cash, a contribué à la rédaction de nouvelles notes d'accompagnement au coffret, qui sera publié le 9 mai avec quatre pistes inédites ajoutées à l'édition originale. Le fils de Cash est le sujet d'une des nouvelles chansons de l'album, I Got a Boy and His Name Is Cash, Cash, June Carter John. On y trouve également des pièces comme Old Shep, One and One Makes Two et Nasty Dan. Cash a interprété une version de cette chanson pour Oscar the Grouch dans le cadre de l'émission Sesame Street, qui figure sur le coffret de 2003, Songs of the Street: 35 Years of Music.
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