Benoît XV1 démissione le 28 février 2013



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Depuis la bulle du pape Alexandre VI du 3 mai 1493 reconnaissant à l’Espagne le droit de garder dans son patrimoine les terres découvertes, l’Église catholique a un rôle non négligeable dans la vie haïtienne. De Las Casas en 1511 appuyant l’esclavage des Noirs au Concordat de 1860, des multiples campagnes superstitieuses de 1896 à 1942 à la création du clergé indigène en 1966, de la visite du pape Jean-Paul II en 1983 au triomphe des théologiens de la libération avec Jean-Bertrand Aristide en 1990, Haïti n’est pas étrangère à la vie religieuse catholique et aux changements qui ont lieu à la tête de l’Église à Rome. À partir de la création des évêchés à Hispaniola par le pape Jules II en 1511 et l’élargissement des rayons d’action des missionnaires par le pape Clément VII en 1528, le successeur de Pierre à Rome ne laisse indifférente aucune personne avisée sur ce coin de terre où les habitants ne cessent de traverser de véritables chemins de croix.

On vit l’histoire aujourd’hui. Un drame machiavélien se joue au Vatican. Entre la démission du pape Benoit XVI le matin du 11 février 2013 et la foudre qui s’abat sur le dôme de la basilique Saint Pierre de Rome la soirée du même jour, les catholiques en ont pour leur argent. Point n’est besoin d’être un mystique pour lire les deux événements comme un signe annonciateur. L’onde de choc de la démission du pape suivi de cet orage symbolique sur la chapelle Sixtine laisse croire que le Créateur s’est offusqué de ce que les hommes ont fait de son Église. On parle de la fin des temps. La presse anglo-saxonne avec le quotidien The Sun en Angleterre y a vu « un signe de Dieu », tandis que le The Sydney Morning Herald en Australie dit que c’est « un signe de l’au-delà ».

Les explications de cette démission du pape Benoit XVI sont nombreuses. D’abord, c’est son âge : 85 ans bien sonnés. Il a dit lui-même qu’il est fatigué et qu’il se retire. Mais d’autres prétendent que c’est le lobby homosexuel qui a fait chanter le pape Benoit XVI. La curie romaine est l’objet de pressions du clan des prêtres homosexuels et la démission de Benoit XVI aurait à voir avec la remise d’un dossier de deux volumes de près de 300 pages compilé par trois cardinaux. Nombre de ces documents confidentiels ont été transmis à la presse dans ce qui est nommé l’affaire Vatileaks par le majordome du Pape, selon le quotidien anglais The Guardian. Mais par-delà les luttes de pouvoir sur l’interprétation des textes sacrés qui ont toujours marqué le Vatican depuis des siècles, les questions économiques et financières semblent déterminantes dans la démission du pape Benoit XVI. Le spirituel s’incline devant le temporel. 

Les antécédents sont on ne peut plus clairs en ce qui concerne la descente aux enfers du Vatican. D’abord, c’est Mgr. Paolo Romeo, archevêque de Palerme, qui, lors d’un voyage en Chine, en novembre 2011 déclare que le pape serait assassiné dans douze mois. La nouvelle est révélée par le quotidien britannique The Telegraph le 10 février 2012, un an avant l’annonce officielle de la démission de Benoit XVI. Quelques jours plus tard, les comptes de la banque du Vatican sont fermés par la banque américaine J.P. Morgan pour manque de transparence dans des transactions financières de 1.5 milliard de dollars assimilées à du blanchiment d’argent au profit de la mafia italienne. La saga continue avec Ettore Gotti Tedeschi, le gestionnaire de la banque du Vatican. Ce dernier est forcé de démissionner le 24 mai 2012 trois ans après son arrivée à la tête de cette institution avec pour mission d’assurer la transparence des transactions. Il craint pour sa vie et ne voudrait pas avoir le même sort que Roberto Calvi, un de ses prédécesseurs trouvé pendu sous le pont Blackfriars à Londres en 1982. Puis c’est Master Card, Visa et American Express qui enlèvent leurs 50 terminaux du Vatican. Enfin, la situation financière du Vatican se corse quand, le 1er janvier 2013, la Banque centrale d’Italie bloque toutes les transactions par carte de crédit du Vatican. Cette interdiction ne sera levée que le 13 février 2013, deux jours après la démission du pape Benoit XVI . Coïncidences étranges !

Une vision novatrice

Les finances du Vatican sont dans le rouge depuis 2007 où le déficit était de 9.1 millions d’euros. En 2008, ce déficit est passé à 0.9 million d’euros, puis en 2009 à 4.01 million d’euros. Après une brève éclaircie en 2010, les déficits s’accumulent à nouveau en 2011 et atteignent 15 millions d’euros ou 19 millions de dollars . Il y a de moins en moins de fidèles dans les églises, sans parler des sommes faramineuses payées pour les affaires de pédophilie à travers le monde qui ont démoli les finances du Vatican. Selon une étude de la Conférence des évêques catholiques américains, entre 1950 et 2004, dix mille individus ont présenté des plaintes contre 4 392 prêtres, soit 4.3% du clergé de cette période. Pour le magazine Forbes, les dommages et intérêts pour ces abus sexuels des prêtres catholiques étaient d’un milliard de dollars déjà en 2003 et pourraient atteindre 5 milliards de dollars . En effet, de 1984 à 2010, les statistiques font état de plus de trois milliards de dollars payés aux Etats-Unis par l’Église catholique pour compenser 5 048 victimes d’abus sexuels .

Tout en étant le plus petit État, le Vatican observe avec intérêt le fonctionnement de l’économie mondiale. La quasi-dépression qui affecte cette dernière depuis 2008 ne laisse personne indifférente. En octobre 2011, le Vatican publie un pamphlet intitulé Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle. C’est un document dans lequel le Vatican condamne la fin du système monétaire de Bretton Woods et l’expansion de la monnaie fiduciaire à travers les émissions des banques centrales. Le Vatican propose la création d’une « banque centrale mondiale » et d’une « autorité politique universelle » pour gérer l’économie mondiale. Le Vatican conteste la gestion de Wall Street et affirme par la bouche du cardinal Peter Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix : « Les gens à Wall Street doivent s’asseoir et réfléchir avec discernement pour savoir si leur gestion actuelle des finances mondiales sert les intérêts de l’humanité et l’intérêt général [9]. » Benoit XVI appuie le mouvement Occupy Wall Street , demande l’application de la taxe Tobin sur la spéculation financière et une meilleure gestion monétaire internationale. Cette vision novatrice de l’Église a été vite rejetée par les financiers de Wall Street à travers, entres autres, les vues exprimées par l’économiste américain Samuel Gregg dans le journal Foreign Affairs, le 7 février 2012. Les milieux financiers américains ont déclaré qu’ils ne sont pas sous la juridiction du Vatican et se demandent de quoi ce dernier se mêle.

Une remise en question

En contestant « l’idolâtrie du marché » et « l’idéologie néo-libérale », le Vatican se met en face de Wall Street qui ne va pas hésiter sur cette rare opportunité pour avoir gain de cause. Les milieux d’affaires ont aussi leurs hommes au sein de l’église catholique. Pris dans cet imbroglio, Benoit XVI a préféré se retirer pour se consacrer à la prière, au recueillement et à la contemplation. La bataille pour son remplacement sera dure. Wall Street ne va pas lésiner sur les moyens pour y mettre son homme. Les États-Unis ont onze cardinaux venant respectivement de New York, Chicago, Boston, Galveston-Houston, Baltimore, Philadelphie, Milwaukee, Washington, etc. Parmi eux, le cardinal Timothy Dolan , archevêque de New York, est le favori pour succéder à Benoit XVI et devenir le premier pape américain. Les milieux financiers américains ne démordent pas sur ce choix que devront faire les 115 cardinaux réunis en conclave pour choisir le nouveau pape à partir du 12 mars 2013. Les détracteurs du cardinal Dolan lui reprochent le laxisme avec lequel il a géré la question des prêtres pédophiles et homosexuels de 2002 à 2009 dans son ancien diocèse de Milwaukee. Certains voudraient avoir un pape venant des pays du Sud où le catholicisme est en croissance (Brésil, Mexique, Afrique). Les chances d’un tel événement sont minces quand on sait que l’Occident compte 74 des 115 cardinaux électeurs parmi lesquels 28 sont des Italiens, 32 viennent des autres pays d’Europe et 14 viennent de l’Amérique du Nord dont 11 des Etats-Unis et 3 du Canada. Mais les possibilités d’un pape non occidental ne sont pas nulles, surtout si les 28 cardinaux italiens décident de faire cause commune avec les pays du Sud et d’appuyer le cardinal de Sao Paulo, Odilo Pedro Scherer, âgé de 64 ans. L’élection du pape demande une majorité des deux tiers, soit 77 voix sur 115 électeurs.

L’élection du nouveau pape est appelée à avoir valeur d’événement dans les luttes entre le spirituel et le temporel, entre l’Église et l’État. Face à une église qui n’a plus peur de mettre en question ses dogmes en revenant sur sa décision d’excommunier des évêques qui avaient ordonné des prêtres sans l’accord du pape, les forces du capital accepteront-elles de remettre en question les leurs, dont celui faisant du profit le mobile principal de l’activité économique humaine ? La régulation par l’État est une nécessité du monde moderne. Elle ne saurait servir uniquement au libéralisme pour s’en sortir de ses excès. Comme c’est le cas de décembre 2007 à juillet 2010 avec le sauvetage (bailout) des banques privées (américaines, anglaises, allemandes, françaises, belges et suisses) qui a atteint 16 mille milliards de dollars (supérieur au PIB américain en 2012) et les émissions monétaires de la Federal Reserve américaine de 45 milliards de dollars par mois au niveau international et 40 milliards par mois au niveau interne depuis le début de l’année 2013.

Cette situation est d’autant plus catastrophique que la dette totale des marchés du crédit en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) ne cesse de grimper. Selon les statistiques de la Federal Reserve , cette dette est passée de 349% à 355% du PIB américain du troisième au quatrième trimestre 2012. Une situation d’autant plus préoccupante que ce ratio n’était que de 250% par rapport au PIB américain lors de la grande dépression de 1929. En se mettant à l’écoute des grands économistes de la planète, dont le prix Nobel Joseph Stiglitz invité aux travaux de l’Académie pontificale des sciences sociales en avril 2012, le Vatican a donc des raisons de se préoccuper pour l’humanité. Encore plus qu’il s’inquiète de l’apocalypse du 21 décembre 2012, date à laquelle les institutions financières l’ont frappé d’interdit bancaire pour cause de non-respect des règles internationales sanctionnant le blanchiment de l’argent sale. Que de chemins parcourus depuis le baptême de Constantin de l’an 319 et le concile de Nicée de l’an 325 qui établit le partage du pouvoir entre l’Église et l’État. Entre le pape et le prince. Le prochain pape sera-t-il le dernier comme cela a été prévu dans la prophétie de Malachie ? Loin de tout ésotérisme, le capitalisme se prépare à se passer de la papauté.




La démission de Benoît XVI n'est pas due à un «lobby gay»

La thèse selon laquelle la démission du Pape serait liée aux «révélations» contenues dans un rapport secret remis par des cardinaux est une absurdité.


Les Italiens appellent cela une «pana montata», une crème montée. L'article de La Repubblica du 21 février, quotidien italien de gauche, signée par Concita de Gregorio, ancienne directrice de L'Unita (le quotidien communiste), laissant entendre que Benoît XVI aurait démissionné parce qu'il aurait découvert l'influence d'un «lobby gay» au Vatican est effectivement une construction, séduisante - elle fait sensation aujourd'hui en France - mais elle est aussi absurde que fausse.

Pour deux raisons: la première est que l'existence de personnes de sensibilité homosexuelle dans l'Église, et par conséquent au Vatican, n'est pas un secret. C'est même une réalité comme partout, ni plus ni moins. L'Église demande aux prêtres le célibat sacerdotal et la chasteté mais elle respecte la personnalité de ceux qui désirent vouer leur vie au Christ, au service de l'Église.

Ce qui n'empêche pas les rumeurs sur le poids d'un «lobby gay» au Vatican. Depuis une trentaine d'années, deux cas de ce genre sur deux mille personnes travaillant au Vatican ont défrayé la chronique. Ils ont toujours été traités dans la catégorie faits divers de la presse italienne, car ces faits s'étaient déroulés dans le cadre de la vie civile.

Une absurdité

Avant de devenir pape, Benoît XVI fut préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi pendant vingt-cinq ans. Il a donc toujours été parfaitement informé de ce genre de problèmes, car ils étaient de son ressort. Il serait donc vraiment le dernier a en être surpris aujourd'hui.

Affirmer ainsi que cette soi-disant «découverte» l'aurait conduit à démissionner est vraiment absurde. Une telle affirmation signe plutôt une méconnaissance profonde de la réalité du Vatican.

La seconde raison touche au fameux rapport interne rédigé par trois cardinaux et cité dans l'article. Il contient les résultats d'une enquête qui fut commandée le 25 avril 2012 par Benoît XVI lui-même à trois cardinaux de confiance à la suite des fuites de documents secrets du Vatican dans la presse. Personne à l'époque ne soupçonnait le majordome qui fut arrêté le 25 mai. Il fut mis en procès mais l'enquête des cardinaux continua parce que le Pape voulait comprendre comment ces fuites avaient pu se produire et de quel malaise elles étaient révélatrices. Les trois cardinaux remirent leur rapport au Pape le 17 décembre 2012.

De la déduction

Contrairement à ce que La Repubblica laisse supposer, personne n'a lu ce rapport qui contiendrait la fameuse révélation sur le lobby gay. La journaliste a repris une information publiée dans la revue Panorama qui a pu, effectivement, interroger non pas l'un des trois cardinaux enquêteurs, mais l'un des multiples employés du Vatican qui ont été questionnés par les cardinaux. Lequel, anonyme, aurait affirmé avoir parlé de ce lobby gay. D'où la déduction de la journaliste - non vérifiée, personne n'a accès à ce texte: ce rapport parlerait d'un lobby gay.

Et même si ce rapport évoque ce sujet - qui est l'un des multiples problèmes de fonctionnement du Vatican - il ne peut être l'élément déclencheur d'une décision de démission du Pape parce qu'il a été remis huit mois après que Benoît XVI ait pris la décision de se retirer.

C'est au retour de son voyage au Mexique et à Cuba (23-29 mars 2012) que Benoît XVI, littéralement épuisé, a pris cette décision de donner sa démission. Donc en avril 2012. Tenue longtemps secrète, moins de cinq personnes étaient au courant, il a attendu pour la rendre publique d'honorer tous ses engagements: voyage au Liban en septembre, fin de l'affaire Vatileaks (avec le procès, puis la grâce accordée à Paolo Gabriele le 22 décembre 2012), lancement de l'Année de la foi et synode sur la nouvelle évangélisation en octobre, publication du dernier tome de son livre sur Jésus, le 21 novembre, cérémonies de Noël et audiences protocolaires de début d'année en janvier 2013.

Armoiries du Vatican
 
Renonciation du pape

La renonciation du pape est prévue au canon 332 paragraphe 2 du Code de droit canonique : « S’il arrive que le Pontife Romain renonce à sa charge, il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle soit dûment manifestée, mais non pas qu’elle soit acceptée par qui que ce soit » et au canon 44 paragraphe 2 du Code des canons des Églises orientales. La seule condition pour que la renonciation soit valide est qu'elle soit faite « librement et se manifeste correctement ».

À la suite de la renonciation débute une période de vacance du siège papal, qui s'achève avec la désignation d'un nouveau pape par un conclave de cardinaux.

Le dernier pape à avoir renoncé à sa charge est Benoît xv1, le 28 février 2013.

Aspect juridique

Le droit canonique en vigueur, promulgué par le magistère, ne précise pas de personne ou d'instance à qui le pape devrait annoncer sa renonciation, laissant ouverte la possibilité de le faire à l'Église ou au monde en général. Mais certains commentateurs estiment que le Collège des cardinaux ou du moins son doyen doit être informé en premier lieu, car les cardinaux doivent être absolument certains que le pape a renoncé à son ministère pontifical avant qu'ils ne puissent valablement procéder à l'élection d'un successeur.

Renonciations conditionnelles alléguées non suivies d'effet

Avant de partir couronner Napoléon Ier à Paris, en 1804, le pape Pie VII (1800-1823) signe un document de renonciation qui prendra effet s'il est emprisonné en France.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Pie XII aurait élaboré un document indiquant que, s'il était enlevé par les nazis, il devait être considéré comme ayant renoncé à son siège et que les cardinaux devaient alors fuir au Portugal, pays neutre, pour y élire un successeur.

Selon un article de presse, Jean-Paul II, dans les années qui ont précédé sa mort, en 2005, avait envisagé de renoncer en raison de sa santé défaillante. Ces affirmations ont été démenties par le Vatican.

Incapacité

Un évêque diocésain doit présenter sa démission de la gouvernance de son diocèse à la fin de sa soixante-quinzième année. Les cardinaux ne sont pas autorisés à se joindre à un conclave, après avoir atteint quatre-vingts ans. Toutefois, pour un pape, il n'est pas nécessaire qu'il démissionne après avoir atteint un âge donné. Depuis la promulgation de ces règles concernant les évêques diocésains et les cardinaux, trois papes, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, ont atteint l'âge de quatre-vingts ans au cours de leurs pontificats. Seul ce dernier a renoncé à sa charge de pontife romain, à l'âge de 85 ans.

Même dans le cas où l'action du Saint-Siège est complètement entravée, aucune innovation ne doit être apportée dans la gouvernance de l'Église universelle et les lois spéciales adoptées, pour ces circonstances, doivent être observées. Le droit canonique ne prévoit pas l'éventualité qu'un pape soit temporairement ou définitivement inapte pour des raisons de santé, une tentative d'assassinat ou une captivité ; de même il n'indique pas quelle personne ou quel organisme ou quel groupe a le pouvoir de certifier que le pape est totalement empêché d'exercer ses fonctions.

 

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